Quelques piles de dossiers cachent une partie de son bureau. Romilda Ferrauto est en train de trier des photographies. Ses notes sur le Vatican, sur les papes et des souvenirs imprimés sont tout ce qu’elle gardera de ses trente-cinq ans passés à «Radio Vatican», dont vingt-cinq comme rédactrice en chef. Les derniers rayons d’un soleil d’été passent encore à travers la fenêtre. Celle qui était à la tête de la rédaction française de la radio des pontifes s’apprête à prendre sa retraite. Elle était l’une des premières femmes à avoir occupé un poste à responsabilités au sein de l’Etat papal.

Si elle a rangé son micro, elle reste engagée au sein de l’Eglise. Sa nouvelle casquette est aujourd’hui celle de vice-présidente de la première association de femmes au Vatican. L’association D.VA – «Donne in Vaticano», (Femmes au Vatican) - que l’on prononce diva en italien, est née fin 2016. Et c’est une première, un «fait inédit dans l’histoire du petit Etat» du Vatican, souligne un communiqué de l’association.

Solidaires

«Nous avons décidé de créer cette association car nous nous sentions assez isolées dans un milieu très masculin, explique la journaliste. Nous voulions nous connaître davantage et être plus solidaires entre nous.» Mais celles qui s’attendent à la naissance d’un syndicat ou d’un lobby sont vite déçues. «Nos membres sont toutes catholiques, donc fidèles au magistère du pape», détaille-t-elle. Aucune lutte en faveur du sacerdoce des femmes n’est par exemple prévue. Pas plus que des revendications professionnelles. «Au Vatican, les femmes ont les mêmes droits et salaires que les hommes, ajoute la vice-présidente. Il s’agissait simplement de créer un réseau d’amitié et de solidarité.»

«Nous nous sentions assez isolées dans un milieu très masculin»

Celui-ci a cependant provoqué des peurs chez certaines. «Des femmes craignaient de possibles représailles de leur chef, confie Romilda Ferrauto. Je ne sais pas si cela était justifié, mais nous avons décidé d’officialiser notre groupe.» Le Saint-Siège reconnaîtra l’association en 2016, cinq ans après sa naissance informelle. A sa création officielle, D.VA comptait une cinquantaine d’inscrites. Aujourd'hui, 750 femmes travaillent au Vatican, soit environ un cinquième du total des employés du pape.

Une misogynie paralysante 

En trente-cinq ans, cette Franco-Italienne de 63 ans née en Tunisie française a vu l’Etat pontifical évoluer sur cette question. Ce qui se passe aujourd’hui est «sans comparaison» avec les années 1980. L’épisode le plus misogyne remonte au début de la carrière de Romilda Ferrauto: «On envoie maintenant des jeunes femmes interviewer un cardinal?» lui lancera, condescendant, un membre de la Curie, le gouvernement de l’Eglise. Romilda n’a pas encore 30 ans. «Cela m’avait paralysée», se souvient-elle. De tels épisodes se répètent. «Nous étions ignorées, transparentes, regrette-t-elle. Mais ces manifestations de mépris ou d’indifférence sont restées marginales. Elles n’ont pas troublé outre mesure ma vie professionnelle. D’autant plus qu’à «Radio Vatican», je n’ai jamais souffert de discrimination.»

Avant la création de D.VA, Romilda Ferrauto avait déjà connu une autre révolution. En 1991, le directeur des programmes de la radio l’avait choisie pour diriger la rédaction française. Ces postes au sein des rédactions dans plusieurs langues étaient alors occupés exclusivement par des hommes. «Je ne m’attendais pas du tout à me voir offrir cette place dans ce monde d’ecclésiastiques», commente-t-elle. Discrète et réservée, la nouvelle cheffe est alors effrayée non par la tâche mais par le regard porté sur elle par son entourage professionnel: «C’était très lourd car je n’aime pas être au centre de l’attention», poursuit-elle. Je craignais qu’on se demande «qu’est-ce qu’elle a fait pour pouvoir accéder à un tel poste?» Alors que son supérieur avait été séduit par son goût du risque, son envie de changement et sa spontanéité.

En photo à côté de Benoît XVI

Après avoir été la principale voix féminine de trois papes dans le monde francophone, Romilda Ferrauto n’a aujourd’hui plus rien à prouver. Tous se souviennent de son pas décidé résonnant dans les longs couloirs des locaux de la radio, via della Conciliazione, l’avenue qui relie le Tibre à la basilique Saint-Pierre; de ses lunettes de soleil qu’elle portait pendant les réunions pour parer à une légère photosensibilité.

Elle a pris sa retraite à la veille d’une restructuration de «Radio Vatican», qui prend place dans une importante réforme de la communication de l’Eglise. Dans les micros, la communication du pape pourrait prendre le pas sur l’information internationale et de l’Eglise dans le monde, craint-elle. En débutant, en 1982, elle avait observé la tendance inverse, sous le pontificat de Jean-Paul II. En quittant «Radio Vatican», elle a quitté une «famille», un média où elle a rencontré son mari, un technicien romain qui opère toujours de l’autre côté de la vitre des studios. Mais la rédactrice en chef «émérite» est restée présente dans les bureaux de sa rédaction: en photo à côté de Benoît XVI, un autre retraité de marque du Vatican. 

Profil


1954 Naissance à Tunis

1982 Entre à «Radio Vatican»

1991 Devient rédactrice en chef de la section francophone de «Radio Vatican» jusqu’en 2016

2017 Assume la vice-présidence de la première association «officielle» des femmes au Vatican, D.VA