Implosion

Le Royaume-Uni risque l’implosion

L’Ecosse et l’Irlande du Nord ont voté pour l’Union européenne contrairement à l’Angleterre. Le gouvernement écossais voudrait organiser un référendum d’autodétermination pour quitter la Grande-Bretagne et rester dans l’UE

C’est le Royaume-Désuni. L’Ecosse et l’Irlande du Nord ont clairement voté en faveur du remain (le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE), contrairement à l’Angleterre. Respectivement, le remain a obtenu 62% de voix en Ecosse, 56% en Irlande du Nord, contre 48,1% dans l’ensemble de la Grande-Bretagne et seulement 47% pour l’Angleterre seule. Dès l’annonce des résultats des voix se sont élevées à Edimbourg, la capitale écossaise, pour demander la tenue d’un nouveau référendum d’auto-détermination, afin que l’Ecosse devienne indépendante et puisse, le cas échéant, rester membre de l’UE.

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Vers l’indépendance de l’Ecosse

Est-ce un scénario sérieux? S’il paraît clair que les Ecossais voudraient rester dans l’UE, rien ne permet d’affirmer qu’ils sont prêts pour cela à réclamer leur indépendance. Lors du dernier référendum d’auto-détermination, en septembre 2014, le vote fut sans appel avec plus de 55,3% des suffrages contre la sécession. L’attachement au Royaume-Uni restait plus fort que les rêves d’indépendance. Le choix anti-européen des Britanniques remet-il fondamentalement en question cet attachement. C’est à cette question que Nicola Sturgeon, la cheffe du Parti national écossais (SNP) et Première ministre d’Écosse, devra répondre. Dans ses premières déclarations, elle a rejeté fermement le vote expliquant qu’il était démocratiquement inacceptable que l’Ecosse doive quitter l’UE contre sa volonté: «L’option d’un nouveau référendum doit être sur la table et est sur la table».

En fait, le projet d’une Ecosse indépendante ne survivrait à un deuxième échec référendaire. Avant de revenir devant les électeurs, les tenants de l’indépendance doivent donc être assurés de gagner, car ils ne prendront aucun risque. Nicola Sturgeon et son équipe vont soigneusement préparer le terrain avant de solliciter une nouvelle fois leurs électeurs. «Ils vont attendre une détérioration de la situation au Royaume-Uni et lorsque le fruit sera mûr, c’est-à-dire le ras-le-bol contre Londres suffisant, ils iront devant les urnes», explique l’ancien ministre chargé des affaires européennes, Denis MacShane.

L’Irlande du Nord isolée

En Irlande du Nord aussi, la tentation sécessionniste est contrebalancée par la dépendance économique et affective à l’Angleterre. Une majorité d’irlandais penche vers l’Angleterre, notamment les protestants (légèrement majoritaires), et même si le rétablissement de frontières terrestres entre la République d’Irlande et l’Ulster constituera un frein aux échanges commerciaux entre les deux pays avec des conséquences fâcheuses sur l’économie. Mais si quitter le Royaume-Uni n’est pas encore une option sérieuse en Irlande du Nord, Dublin, Londres et Belfast seront contraints à court terme de redéfinir leurs relations. Pour conserver l’unité du Royaume, la capitale britannique devra faire des concessions auprès des Ecossais et des Irlandais et peut-être faire des cadeaux financiers. Ironie du sort, Edimbourg et Belfast se trouvent dans la même situation face à Londres que cette dernière face à Bruxelles lors des dernières négociations pour maintenir un statut privilégié à la Grande-Bretagne dans l’UE.

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