Aidé par des médias admiratifs, le président engrange les bénéfices du sommet européen

L'accord de dimanche entre les pays de l'Eurozone tombe à pic pour Nicolas Sarkozy. Depuis deux semaines, le président en exercice de l'Union européenne alternait déclarations creuses et vaines négociations pour définir une réponse commune à la crise. Aujourd'hui, l'Europe a un plan concret, les marchés se redressent, le temps du «désordre» et du «chacun pour soi» au sein de l'UE est révolu, comme il l'a dit lundi.

La gestion de crise n'est pas terminée pour autant. Au plan mondial, Nicolas Sarkozy veut persuader les Américains de soutenir son idée d'un sommet des grandes puissances pour «refonder le capitalisme». En France, il va devoir expliquer comment un Etat qui peine à trouver un milliard d'euros pour l'aide aux travailleurs pauvres peut soudain mobiliser 360 milliards pour venir au secours de la finance.

«C'est, je le dis aux Français, la seule façon de protéger leurs économies, leurs emplois et leurs impôts», a-t-il expliqué hier en présentant la partie française du plan européen. Son discours reprenait les trois postures adoptées depuis le début du chaos financier: exaltation du rôle de l'Etat; promesses de sanctions pour «ceux qui ont fauté»; mise en scène de sa propre personne comme un capitaine «concentré» et plein de «sang-froid», apte à guider la France dans la tempête.

Depuis quelques jours, la presse en rajoute dans ce registre. On ne compte plus les portraits d'un président qui travaille tard dans la nuit (ou très tôt le matin), entouré de conseillers ultrabrillants, et n'hésite pas à sortir ses propres relevés de compte lors des réunions, pour demander des explications aux banquiers. Le message élyséen est passé: c'est dans les crises que Nicolas Sarkozy donne le meilleur de lui-même, et il maîtrise les subtilités de la haute finance.

Lagarde la gaffeuse

Pour l'instant, l'opinion achète. Selon un sondage publié lundi par Libération, 53% des Français pensent que le président gère bien la crise financière, contre 32% qui sont d'un avis contraire.

La crise a pourtant révélé des fêlures dans l'équipe gouvernementale. La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, n'a pas ménagé ses efforts - «elle n'a pas pris un week-end depuis août», souligne son équipe -, mais elle a confirmé sa réputation de gaffeuse. Dans une interview, le 2 octobre, elle lançait la proposition d'une «structure de secours» européenne pour sauver les banques. Ainsi naissait l'idée d'un fonds de 300 milliards d'euros - le chiffre a été rajouté par les médias - qui allait susciter l'irritation du gouvernement allemand et, par ricochet, celle de Nicolas Sarkozy. «Il n'a jamais été question d'un tel fonds, les propos de Lagarde sont maladroits», commentait une source élyséenne à propos de l'entretien.

La semaine dernière, la ministre a récidivé, en critiquant le lâchage de Lehman Brothers par les autorités américaines. Analyse partagée par Nicolas Sarkozy, mais qui n'aurait pas dû être exprimée aussi brutalement.

Pour l'instant, Christine Lagarde garde son poste: s'en séparer en pleine tourmente est impossible. Mais un problème plus grave reste en suspens. Que va-t-il advenir des promesses faites par le président au début de son mandat? La croissance à 3%, le plein-emploi, l'équilibre des finances publiques semblent hors de portée durant ce quinquennat. Et les effets de la crise financière sur l'économie réelle ont à peine commencé à se faire sentir. Pour Nicolas Sarkozy, le plus dur est à venir: relativiser ses promesses et affronter la récession.