Soixante-huit milliards de francs de fonds publics sur la table pour sauver UBS… et la bourse fait la moue. Vendredi, UBS a perdu 4,9%, retombant à 18,16 francs à la bourse suisse. Alors que l'indice SMI des valeurs vedettes bondissait de 6,66%, et Credit Suisse de 6,6%! Les investisseurs intègrent probablement déjà une large dilution de leurs actions, puisque le paquet dont la Confédération pourrait devenir propriétaire dans deux ans et demi – si elle ne le vend pas avant – pèse pour 9% dans le capital.

L'agence Standard & Poor's a par ailleurs mis la banque sous «surveillance négative». Elle pourrait donc dégrader sa note et rendre du même coup son refinancement encore plus difficile. Malgré l'intervention historique de Berne, tous les doutes ne sont donc pas levés sur l'avenir d'UBS.Le gigantesque matelas de fonds publics mis à la disposition du numéro un bancaire helvétique n'en soulève pas moins la polémique. La gauche le voit comme un cadeau aux actionnaires et aurait souhaité que la Confédération grimpe directement dans le capital d'UBS. Le but serait d'y imposer des règles de gouvernance conformes à celles d'une entreprise largement dotée en fonds publics. Alors le plan est-il vraiment un cadeau? Décryptage.

• Les 6 milliards de dollars

de la Confédération Ces obligations convertibles sont dotées d'un coupon de 12,5%. Trop élevé? «Cela correspond aux taux servis sur les actions préférentielles des banques nationalisées par le gouvernement britannique», observe le banquier genevois Robert Pennone, de la Banque Bénédict Hentsch. Le taux servi est certes de 3,5 points supérieur à celui octroyé au fonds singapourien GIC. Ce dernier avait donc obtenu des conditions moins favorables. A noter que la Confédération a volontairement renoncé à s'impliquer au niveau opérationnel dans la banque, car elle ne s'estime «pas compétente». En ce sens, UBS garde les coudées franches et s'en sort donc mieux que ses consœurs britanniques ou allemandes, où l'Etat fait le ménage.

• Les 54 milliards de dollars

de la BNS UBS devra payer un intérêt correspondant au Libor (taux des crédits interbancaires) à un mois sur le dollar, auquel s'ajoute 2,5%. Vendredi, ce taux d'intérêt aurait été de 6,68%. Mais lorsque la situation se sera détendue, il devrait descendre aux alentour de 5%. C'est un taux élevé pour une banque, constate un financier qui ne veut pas être cité, «mais qui tient compte du fait que la BNS assume la totalité des risques de pertes». Ces risques sont réels et importants, abonde Robert Pennone, qui «ne comprend pas l'assurance des autorités politiques à affirmer que les actifs illiquides d'UBS pourront être écoulés à bon compte». A noter qu'au cas où il y aurait finalement un bénéfice, le premier milliard irait à la BNS. UBS pourrait ensuite «se refaire» en partie en regagnant jusqu'à 3 milliards, soit la moitié du capital qu'elle met dans la société de portage.

• Les bonus

Les cadres d'UBS peuvent dormir tranquilles. Même si salaires et bonus seront «globalement revus à la baisse», les as de la banque d'investissement aux Etats-Unis peuvent toujours s'attendre à toucher des «dizaines de millions» de primes cette année. Peter Kurer s'est empressé de le rappeler jeudi soir, juste après que le Conseil ­fédéral eut affirmé qu'il ne tolérerait plus les «excès». Concrètement, en l'absence de représentant au conseil d'administration de la banque, le gouvernement se limitera à veiller à ce qu'UBS ne dépasse pas les standards en usage dans la branche.

Le doute subsiste pour les bonus versés aux anciens dirigeants, responsables de la débâcle. Le professeur de droit bancaire Luc Thévenoz rappelle que «le code des obligations contient déjà deux articles sur la restitution des rémunérations excessives, mais leur application est restée en échec». L'avocat Charles Poncet estime pour sa part qu'il serait «tout à fait envisageable» de lancer une action en dommages et intérêts sur la base de l'article 754 de ce même code, qui punit la négligence. Le fait que la Commission fédérale des banques (CFB) ait constaté une violation des règles de bonne conduite conforte l'avocat: «Alors que d'autres banques se débarrassaient de leurs titres pourris, UBS en achetait encore plus!» Il doute toutefois que des groupes d'actionnaires ou de ­contribuables tentent une telle procédure.