Les traitements à l’antiviral Tamiflu et les vaccins contre la grippe A(H1N1) seront-ils remboursés par l’assurance de base? Si oui, cela risque-t-il d’augmenter le montant des primes d’assurance maladie 2010, dont la hausse, indépendamment de la pandémie attendue, s’élèvera déjà à 15% en moyenne l’an prochain?

A l’occasion d’une conférence de presse, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) en a profité, lundi, pour faire le point sur la prise en charge des patients atteints du virus.

Catégorie de bénéficiaires

A ce jour, le Tamiflu, vendu près de 80 francs en pharmacie, n’est pas remboursé par l’assurance de base. Cela, précise l’OFSP, car le médicament de Roche ne répond pas pleinement aux critères d’adéquation et d’économicité exigés par la loi. Dès le week-end prochain, l’antiviral, dont le prix baissera à 54 francs, sera toutefois pris en charge pour certains patients. L’OFSP a en effet décidé d’inscrire, au 1er août, le Tamiflu sur la «liste des spécialités» constituant des prestations obligatoires pour les assureurs.

Le remboursement de ce médicament, uniquement délivré sur ordonnance, y compris par téléphone, sera limité aux catégories de personnes suivantes: les patients hospitalisés, les pensionnaires d’EMS, les enfants et les assurés de plus de 65 ans, ainsi que les adultes et enfants souffrant de maladies chroniques pulmonaires et circulatoires, de diabète, d’insuffisance rénale, de maladies du sang ou encore d’affections neurologiques. En revanche, un test de confirmation de la maladie ne sera pas exigé, précise l’OFSP.

Et les femmes enceintes?

Contrairement à ce qui a été annoncé dans un premier temps, le Tamiflu sera aussi remboursé pour les femmes enceintes et les enfants de moins d’un an. L’Institut suisse des produits thérapeutiques Swissmedic a précisé hier ses recommandations à cet égard. Ainsi, les médicaments antigrippaux pourront être administrés à ces deux catégories de personnes après «une évaluation au cas par cas» par un médecin. A savoir, seulement si les bénéfices escomptés sont plus élevés que le risque, précise Swissmedic.

Vaccins pris en charge

Et les vaccins? «Leur coût, soit 24 francs par personne, sera pris en charge par les caisses sans franchises et sans participation», annonce Nello Castelli, membre de la direction de Santésuisse.

La Suisse, rappelons-le, a commandé 13 millions de doses à GlaxoSmithKline et à Novartis, devant être livrées dans le courant de l’automne et permettant le cas échéant de vacciner l’ensemble de la population (7,5 millions de personnes). «Les caisses ne prendront toutefois en charge que les doses effectivement administrées», souligne Nello Castelli.

Influence sur les primes

Verra-t-on le montant des primes grimper de 2 à 3% en 2010, comme l’a envisagé la démocrate-chrétienne Ruth Humbel dans la presse dominicale? Selon la conseillère nationale, ex-membre de la direction de Santésuisse, les traitements à l’antiviral et les vaccins pourraient coûter entre 400 et 600 millions de francs à l’assurance de base.

L’OFSP joue toutefois la carte de la prudence, rappelant qu’une partie des coûts liés à la grippe A, difficilement estimables, seront couverts par les primes 2009 ou par les réserves des caisses.

A l’instar de Ruth Humbel, Nello Castelli convient que les coûts des traitements et vaccins, bien que couverts en partie par les primes 2009, auront une incidence sur 2010. Mais les estimations de l’organisation faîtière des caisses restent à ce jour moins élevées que celles de la démocrate-chrétienne argovienne: «Nous nous basons sur une hausse des coûts de 200 millions de francs, soit une augmentation des primes de l’ordre de 1% en 2010», note Nello Castelli. Qui admet toutefois que, «selon le scénario du pire, la hausse pourrait atteindre 400 à 500 millions de francs». Précisons encore qu’à ces coûts s’ajouteront ceux des visites chez le médecin ou des traitements liés aux complications de la maladie.