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Sale temps pour les pesticides

Des recherches récentes épinglent des pesticides agricoles modernes pour leur suspectée dangerosité

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Des recherches récentes épinglent des pesticides agricoles modernes pour leur suspectée dangerosité. Le glyphosate serait source entre autres de lymphomes. Il vient d’être classé «cancérogène probable» par l’OMS, sur recommandation du très sérieux Centre international de recherche sur le cancer. Les néonicotinoïdes seraient quant à eux le principal responsable de la régression massive des insectes, notamment des pollinisateurs indispensables à l’agriculture.

Notre génie créatif nous fait sans cesse découvrir de nouvelles molécules. Lors de leur invention, on pressent – s’ensuit un intense marketing! – qu’elles vont changer la donne à jamais. Il s’agit ici essentiellement de lutter contre tout ce qui peut altérer la productivité agricole, soit les plantes adventices (les «mauvaises herbes») qui concurrencent les cultivars, ainsi que les ravageurs (depuis les nématodes, qui s’en prennent aux systèmes racinaires, jusqu’aux herbivores, qui se délectent des feuillages). Ainsi, toutes sortes d’herbicides et de pesticides sont-ils épandus dans nos campagnes. Par divers biais, leurs résidus peuvent finir dans nos poumons ou nos assiettes.

L’herbicide le plus répandu au monde, le glyphosate, commercialisé sous le nom de Roundup, est donc soupçonné de déclencher le cancer. Son utilisation a explosé suite à l’avènement des OGM contenant une tolérance à ce même herbicide («Roundup ready»). Quant aux néonicotinoïdes, qui servent à enrober les semences, attribuant ensuite à l’ensemble de la plante qui va croître une fonction insecticide, ils attaquent le système nerveux des invertébrés, perturbant leur sens de l’orientation (le retour à la ruche des abeilles par exemple) ou les affaiblissant au point de les rendre vulnérables aux infections. Ainsi les populations d’insectes – dont nombre sont de précieux auxiliaires – sont-elles en train de s’effondrer, entraînant dans leur chute le déclin des autres espèces qui en dépendent, comme les passereaux migrateurs; ce qui devrait à son tour, par effet de cascade, affecter les rapaces ornithophages.

L’histoire de l’agrochimie apparaît comme une banale succession d’épisodes à répétition. On croit découvrir la panacée, constate bientôt des effets collatéraux, finit par bannir la substance, pour en réinventer bientôt une nouvelle… A chaque fois, la nature et la santé humaine paient… Il serait peut-être temps de jouer à fond notre créativité et d’inventer de nouveaux paradigmes de production agricole. Mais une agriculture plus sage a-t-elle la capacité de nourrir une population mondiale qui va toujours galopant?

* Professeur de biologie de la conservation à l’Université de Berne

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