Bioéthique

Les cochons nains génétiquement modifiés arrivent sur le marché

Des généticiens chinois ont utilisé des outils de biologie moléculaire pour donner naissance à des «micro cochons» qui seront bientôt commercialisés comme animaux de compagnie

Avis aux chiens, chats, poissons rouges et autres canaris: un nouveau venu est sur le point de faire une entrée fracassante dans le monde des animaux de compagnie. Des généticiens chinois de l'institut de recherche en génétique BGI à Shenzhen ont annoncé lors d'un congrès la semaine dernière leur intention de commercialiser auprès du public des «micro cochons» génétiquement modifiés. Des modifications qui permettent d'obtenir des animaux de taille modeste (moins de 15 kg à l'âge adulte) et dont certaines caractéristiques physiques, telles que la couleur du pelage, peuvent être choisies. Un cochon sur mesure, en somme, pour un prix avoisinant les 1600 dollars (1560 francs).

Une telle prouesse est rendue possible grâce aux nouvelles techniques de chirurgie de l'ADN développées ces dernières années. Précises, rapides et surtout bon marché, elles constituent une véritable révolution pour qui veut manipuler le génome d'espèces vivantes. «C'est du génie génétique comme les biologistes en ont toujours rêvé», analyse Bernard Baertschi, bioéthicien à l'Université de Genève. Parmi ces techniques, la plus célèbre est sans doute CRISPR-Cas9, un système enzymatique capable de cibler des séquences bien précises de l’ADN et d'y faire des coupures avec une précision inégalée, permettant aux scientifiques de supprimer un gène ou d'en introduire un nouveau. Les outils utilisés par cette équipe chinoise se nomment les TALENs, un groupe d'enzymes disposant des mêmes fonctions de reconnaissance et de découpe de l'ADN en des endroits très précis.

En pratique, les chercheurs de BGI ont d'abord prélevé des cellules sur un fœtus de cochon nain de Bama, une espèce originaire de Chine. Ils ont ensuite incubé les cellules fœtales avec des enzymes TALENs programmées pour désactiver le gène codant le récepteur à la somatropine, encore appelée hormone de croissance. L'idée? Empêcher cette hormone de déclencher la croissance des animaux, afin que ces derniers ne grandissent pas. Les biologistes ont enfin cloné ces cellules fœtales modifiées pour obtenir des cochons nains mâles encore plus petits que la normale, d'où le nom «micro cochons».

Ces «micro mâles» ont ensuite été accouplés avec des femelles normales, dont la moitié de la descendance était, compte tenu de son génome, de taille minuscule. Une stratégie plus efficace que le clonage en série, qui fragilise la santé des animaux. Sur les 20 animaux de seconde génération ainsi venus au monde, aucun de problème de santé n'a été remarqué, a précisé à la revue Nature Yong Li, le directeur technique du département science-animaux de BGI. «C'est comme effectuer de la sélection artificielle dans un élevage, sauf que ça va beaucoup plus vite», estime Bernard Baertschi.

L'idée de créer des «micro cochons« est née dans les laboratoires de BGI, non pas pour les vendre au public, mais pour remédier à un problème logistique. Très utilisés en tant que modèles expérimentaux pour étudier les maladies humaines, les cochons nains, qui pèsent tout de même entre 35 et 50 kilos, présentent l'inconvénient d'être plus coûteux sur le long terme: ils prennent bien plus de place que des rongeurs et nécessitent des doses de médicaments plus importantes, ce qui a un impact important lorsqu'il s'agit de tester des molécules onéreuses. Les chercheurs de BGI se sont donc interrogés sur la possibilité de réduire leur taille, et c'est ainsi que le projet de «micro cochons» a vu le jour. Ce n'est que dans un deuxième temps, face à la demande pressante du public, que BGI a cédé aux sirènes des profits commerciaux.

La décision a beau avoir surpris certains scientifiques, parmi lesquels Lars Bolund, généticien à l'Université d'Aarhus qui a participé à la mise au point des enzymes TALENs utilisées par BGI, il ne fait aucun doute que ces tout petits cochons ont fait leur effet lors de leur présentation à Shenzhen. «Tout le monde voulait les prendre dans les bras», a avoué le scientifique à Nature.

Le laboratoire est donc désormais assis sur d'importants revenus potentiels qui doivent financer ses futurs projets de recherche. Reste que la révolution permise par ces nouveaux outils d'édition du génome ne manquent pas de soulever des questions éthiques et morales.

En mars cette année, des voix s'étaient déjà fait entendre dans les revues Science et Nature pour alerter sur les dérives potentielles de ce genre de manipulation génétique. Mais la situation était autrement plus brûlante: les travaux du généticien de Harvard George Church portaient sur la modification de l’ADN d’ovules humains en culture, à des fins thérapeutiques. En avril, c'étaient d'autres chercheurs chinois qui avaient défrayé la chronique pour les mêmes raisons.

Le cas des petits cochons semble moins épineux. «Sur des organismes assez grands et qui se reproduisent lentement, ce n'est pas vraiment inquiétant, juge Bernard Baertschi. Après tout, l'homme a toujours fait de la sélection de caractères génétiques sur les animaux! Il faut dédramatiser et ne pas oublier que ce type de recherche sert avant tout à combattre de graves maladies».

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