Revue de presse

Cette exaltante 9e planète, qui serait cachée aux confins du système solaire

Fruit de modèles mathématiques et de simulations par ordinateur, cet objet est encore hypothétique et n’a bien sûr jamais été observé, comme le reconnaît celui qui a «tué Pluton». Sa théorie reste à prouver

Une neuvième planète pourrait donc se trouver dans la partie la plus éloignée de notre système solaire! Voilà ce qu’ont annoncé mercredi des astronomes américains qui se sont lancés à sa recherche pour confirmer leur exaltante prédiction, relayée par l’Astronomical Journal. Elle n’a jamais été observée directement, mais cette découverte sidérante est le fruit «de modèles mathématiques et de simulations par ordinateur», précise Le Nouvelliste.

Lire aussi: La neuvième planète de notre système solaire

Alors accrochons-nous, et tentons de comprendre ces explications du Monde. L’existence du N°9 «permettrait d’expliquer des anomalies observées sur des objets transneptuniens» [des corps situés au-delà de l’orbite de Neptune, dont les plus connus sont Pluton et Charon] découverts ces dernières années (lire les explications plus détaillées de la revue Nature). «Plus précisément, ces astronomes ont analysé une sorte de comportement grégaire inexpliqué pour ces objets […], qui ont des orbites elliptiques déformées dans la même direction.» Alors, la théorie «reste à prouver», prévient L’Express, à propos de ce qui «serait la cinquième plus grosse planète du système solaire»:

«Selon les simulations», elle «frôlerait périodiquement» la région dite de la Ceinture de Kuiper, et cela résoudrait le mystère du fameux «comportement grégaire». Mais attention: «Il ne faut pas s’attendre à la trouver de sitôt», cette planète, comme le subodore sur Twitter le rédacteur en chef du magazine Ciel et Espace, que relaie Le Huffington Post:

Mais reprenons depuis le début, avec Le Figaro. «Depuis que Pluton a été «dégradé» à un statut de planète naine en 2006, dit-il, le système solaire ne compte officiellement plus que 8 planètes: Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.» Mais deux astronomes de Caltech, en Californie, le professeur Mike Brown – @plutokiller sur Twitter, parce qu’à l’origine de la controverse qui avait amené les scientifiques à requalifier Pluton en tant que planète naine – et son assistant, Konstanin Batygin (photo ci-dessous), croient fermement avoir «trouvé la preuve de l’existence» de cette neuvième planète. Ils la décrivent comme «10 fois plus lourde que la Terre mais orbitant à très grande distance du Soleil».

Logiquement ils l’ont donc baptisée «Planète 9», indique le Washington Post, en admettant «que les autres scientifiques pourront saluer leur découverte seulement» quand ils l’auront vue «par télescope». Les astronomes envisagent de se rendre à cette fin à l’Observatoire japonais des îles Hawaii, lit-on sur Sputnik France. Et «comptent fournir des preuves […] dans cinq ans». Selon eux, la probabilité d’une erreur de leur part est de… 0.007%. C’est peu.

Relayé par Slate France, le quotidien USA Today rapporte par ailleurs que, selon les chercheurs, il faudrait près de 20 000 ans au N°9 «pour réaliser une seule orbite complète autour du Soleil. Ça, en revanche, c’est beaucoup. Ce graphique en donne une idée:

Comme l’idée de la 9e planète «n’est pas nouvelle» et que «cela fait bien un siècle qu’on en parle», s’amuse pour sa part Radio France internationale, «les adeptes de la théorie du complot […] la surnomment planète X. Une planète jumelle de la Terre que les scientifiques nous cacheraient parce qu’elle serait faite de diamants»! Pour parer à d’autres fantasmes, les deux astronomes ont donc publié une explication de leurs travaux sur YouTube:

Il faut aussi dire ici que la planète X est «entrée dans la légende», écrit L’Obs: «Baptisée Nibiru par certains, du nom d’un dieu des enfers babylonien, elle a même été associée à des prophéties apocalyptiques pour 2012, des catastrophistes imaginant qu’elle allait foncer sur la Terre.» Mmmh…

Autre idée amusante mais plus réaliste, suggérée par le site Sen 360: il faudra «attendre encore pour savoir si l’histoire de la découverte de Neptune se répétera». Pourquoi Neptune? Parce que l’Histoire se répétera peut-être: ce sont «des anomalies sur l’orbite d’Uranus» qui avaient en effet «permis, par le calcul, de prévoir l’existence de [la] huitième planète au XIXe siècle».

Mike Brown (à g.) et son assistant, Konstanin Batygin. 

Alors, au bout du compte, il y a tout de même beaucoup de mauvaise foi à dire, comme Bruce Benamran (@epenser sur Twitter) que «des étudiants PENSENT avoir trouvé la preuve qu’il DOIT exister une 9e planète». Des étudiants! François Forget, astrophysicien et directeur de recherche au CNRS, explique mieux les choses sur France Info «avec une image assez parlante, celle d’un troupeau de moutons» – on en revient au «comportement grégaire».

De notre côté, on aime bien la réflexion de JTT‏ (@jessierumble): «Je pars 2 heures tronçonner du bois, et quand je reviens on a découvert une 9e planète???» Et l’on aime encore davantage les chaussettes de Mike Brown:

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