ETHOLOGIE

Qui s’assemble finit par se ressembler, pour un temps du moins…

Selon une étude de biologistes français menée sur des poissons tropicaux, se calquer sur les comportements de son partenaire assure un meilleur succès reproducteur

«Qui se ressemble s’assemble!» Ce dicton populaire, bien connu chez les humains, s’applique aussi chez des poissons tropicaux. C’est ce que montre une étude comportementale parue le 4 mars dans la revue Science Advances, menée par des chercheurs de l’Université de Bourgogne-Franche-Comté. Selon eux, un couple aura un succès reproducteur d’autant meilleur que les deux partenaires soit ont le même type de comportements, soit s’arrangent pour que l’un s’adapte à l’autre en faisant l’effort de modifier son comportement initial.

Un couple de cichlidés (Amatitlania siquia) dans le lac Xiloa, au Nicaragua

Des études sur d’autres animaux (oiseaux, rongeurs, etc) ont établi une constante: la coopération paie. Chloé Laubu, co-auteure de ces nouveaux travaux, a utilisé des cichlidés zébrés (Amatitlania siquia). Dans ses expériences, son équipe a formé des paires de poissons au comportement tantôt similaire, tantôt dissemblable. En mesurant des traits comme l’agressivité, la propension à explorer l’environnement ou encore la peur d’une nourriture nouvelle, ils ont remarqué que, souvent, un individu au sein d’un couple modifiait son comportement initial, afin de se calquer sur celui de son partenaire. Grâce à cet effort, la descendance du couple était alors plus nombreuse ou mieux préservée, allant jusqu’à égaler le succès reproducteur de couples constitués d’individus à la base déjà très similaires. «Imaginez une famille en camping, attaquée par un ours, compare Chloé Laubu. Deux choix lui sont possibles: fuir avec les enfants ou faire peur à l’ours. Si les deux parents, s’accordent sur une même stratégie, ils auront plus de chance de sauver leur progéniture que si chacun agit seul de son côté.»

Trouver la perle rare

Ces résultats semblent confirmer que, dans un couple voulant se reproduire avec succès, le partenaire idéal devrait être celui qui nous ressemble le plus – c’est d’ailleurs ce que prônent certains sites de rencontre sur Internet. Or, chez les poissons comme chez les humains, trouver la perle rare ne constitue pas la norme. Le choix du partenaire est parfois limité. Et dans la nature, c’est perdre du temps et de l’énergie que de faire la fine bouche, au risque de se retrouver seul au final. Ce qui incite nombre d’individus à former un couple avec un partenaire aux comportements différents, en devant ensuite s’adapter; chez les cichlidés zébrés pour le moins.

Un mâle cichlidé, avec sa progéniture et la femelle dans le fente rocheuse Sébastien Motreuil (CNRS, France)

Laurent Keller, professeur de biologie de l’évolution à l’Université de Lausanne (Unil), croit tenir une explication pour cette tendance: «C’est moins le fait d’être a priori similaire que celui de s’adapter à son compagnon qui semble être gage d’un bon succès reproducteur, car cette capacité d’un individu peut aussi indiquer qu’il possède d’autres capacités servant à sa survie.»

Transitoire ou permanent

Reste à savoir si ce changement de comportement est seulement transitoire ou peut devenir permanent. Philippe Christe, professeur associé d’écologie comportementale à l’Unil avertit: «Cette adaptation des comportements pourrait être liée à des processus hormonaux, qui varient en fonction des cycles de reproduction». Au point que, comme souhaite désormais le vérifier l’équipe française, l’unisson dans les interactions entre les partenaires pourrait s’effacer petit à petit. Un autre dicton ne dit-il pas: «Chassez le naturel, il revient au galop»?

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