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De nouveaux horizons pour la réalité virtuelle en Valais

Il n’y a pas que les jeux vidéo en réalité virtuelle: des programmes éducatifs ou des applications artistiques ont été présentés au World VR Forum à Crans Montana

D’abord, s’allonger sur le ventre. Ensuite, écarter les jambes puis les bras. Enfin, glisser les mains sous des entraves… Que l’on se rassure, il ne s’agit pas de quelque engin de torture mais d’un simulateur en réalité virtuelle baptisé Birdly qui nous met dans la peau, ou plutôt les plumes, d’un oiseau.

Cette bizarrerie est l’une des attractions présentées jusqu’au dimanche 8 mai à Crans Montana où se tient la première édition du World VR Forum, rassemblement consacré à a réalité virtuelle. Un grand raout drainant experts mondiaux du sujet venus donner des dizaines de conférences, mais aussi l’occasion de présenter au grand public les dernières avancées en matière de réalité virtuelle. Y compris, donc, des simulateurs d’oiseaux.

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A voir Birdly, on dirait cette machine tout droit sortie de l’imagination de Léonard de Vinci. Avec une touche high-tech en plus, car une fois harnaché il faut encore enfiler un casque de réalité virtuelle, ou visiocasque, ainsi que des écouteurs, l’expérience pouvant alors commencer.

Comme un oiseau

La vue est à couper le souffle. Nous voici dans le ciel de New-York, à plusieurs centaines de mètres d’altitude. Vite, il faut battre des ailes pour prendre de la hauteur et éviter les gratte-ciel reconstitués au détail près à partir de clichés satellites et de photos haute définition. Un petit ventilateur placé devant la tête donne même l’impression de sentir le vent sur son visage.

Birdly est développé à Zurich par Somniacs, une entreprise dont les employés sont en majorité issus d’écoles d’art. Et cela se voit sur le résultat. Epoustouflante, l’expérience tient plus de la performance artistique que du jeu vidéo: pas d’objectif particulier ni de score à battre, seul le plaisir compte. «Voler est sans doute le plus vieux rêve de l’humanité, explique Nathalie Enderle, responsable des ventes et de la communication. Birdly propose de vivre ce rêve par cette expérience impliquant le corps tout entier».

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C’est là l’un des points clés du World VR Forum, promouvoir la réalité virtuelle à travers l’art, les sciences et l’éducation, en dépassant le seul cadre des jeux vidéo, avait expliqué au Temps le réalisateur Salar Shahna, directeur artistique de l’événement. «Habituellement, les rencontres basées sur la réalité virtuelle sont consacrées à un seul de ces aspects. Nous pensons au contraire que toutes ces personnes issues d’horizons différents doivent se mélanger».

Une visite des divers stands montre un éventail de possibilités, des expériences ludiques aux documentaires interactifs en passant par l’éducation. Sur ce dernier point, l’entreprise Immersive VR Education produit des programmes destinés à l’enseignement des sciences, sortes de cours virtuels où, au lieu d’ouvrir un cahier, il faut revêtir un visiocasque avant d’entrer dans la salle de classe.

Apprendre par l’émotion

Le principe de ces cours d’un genre nouveau: plonger l’auditoire dans des environnements virtuels immersifs et interactifs, sortes de simulateurs grandeur nature qui transportent les étudiants dans des endroits normalement inaccessibles. Un cours sur les dinosaures peut ainsi avoir lieu dans une jungle du Jurassique, au milieu des sauriens, tandis qu’un autre se déroule sur la planète Mars, fidèlement reconstituée grâce à d’authentiques clichés capturés par le rover Curiosity de la NASA.

Dans un autre exemple, on peut tenter de mener à bien la mission Apollo XI depuis le décollage jusqu’à l’alunissage. Le compte à rebours, les instruments, les messages radio: tout ou presque est authentique et implique d’autant plus l’étudiant, estime Robert Greaney l’un des développeurs.

Mais ces mises en scène changent-elles vraiment la donne? «Les simulateurs existent depuis des dizaines d’années dans divers domaines, de l’entrainement militaire aux thérapies cognitives, concède David Whelan, P.D.-G. d’Immersive VR Education. Ce que nous apportons en plus c’est une forte composante émotionnelle, notamment grâce à des musiques spécialement sélectionnées car nous pensons que les expériences associées à des émotions fortes restent indéfiniment gravées dans la mémoire».

Et le spécialiste de citer l’exemple du premier baiser, un moment fort qui reste inoubliable, alors que ce qui s’est passé la veille ou le lendemain a depuis longtemps été oublié. En combinant émotion, présence et réalisme, le dirigeant irlandais veut produire «de nouveaux types de documentaires où la personne est au centre de l’expérience, ce qui l’implique d’autant plus».

Pixels visibles

Pour prouver la validité de son approche, il a même imaginé une expérience dans laquelle un groupe d’internes en chirurgie va apprendre des procédures médicales d’urgence par un programme de réalité virtuelle qu’il a développé. Leurs capacités de restitution seront comparées à celles d’un autre groupe qui aura appris les mêmes procédures par des méthodes classiques. Les résultats ne seront pas connus avant plusieurs mois.

Malgré ces démonstrations encourageantes, le World VR Forum est aussi l’occasion de constater qu’il reste un long chemin à parcourir avant de proposer des expériences vraiment convaincantes. Oculus Rift, HTC Vive Pre, aucun des modèles phares de visocasque n’autorise un champ de vision de plus de 100°, ce qui est très peu. Les pixels sont en outre nettement visibles, ternissant l’immersion. Mais il ne fait aucun doute que les futurs modèles amélioreront ces défauts. «Nous sommes à l’année zéro de la réalité virtuelle», souffle Salar Shahna. Rendez-vous donc à l’année numéro 1.

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