Technologie

Un outil de diagnostic médical nommé Watson

Après avoir battu les champions de Jeopardy, le logiciel d’IBM pourrait se reconvertir dans le domaine de la santé

Dans ses locaux lausannois, le groupe pharmaceutique Debiopharm accueillait jeudi un représentant d’IBM, la multinationale américaine en logiciel et matériel informatique. L’objet de la visite: une présentation de la plateforme technologique Watson et ses applications notamment dans la santé.

Depuis son développement en 2006, l’intelligence augmentée a déjà acquis une belle notoriété grâce à sa victoire au jeu télévisé américain Jeopardy face à des candidats humains en 2011. Dernièrement Watson a même été présenté comme candidat à l’élection présidentielle américaine.

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Plus sérieusement, Watson est un programme informatique conçu pour comprendre le langage naturel, autrement dit le langage utilisé par les humains, les mots et les phrases. «Plus que le mot en lui-même, Watson comprend des concepts, des entités et peut faire le lien entre eux», explique Jérôme de Nomazy, de l’équipe «Cognitive Solutions» d’IBM. Le programme explore et comprend des informations contenues dans une base de données non structurée qu’on lui a mises à disposition, comme un corpus de publications scientifiques ou l’historique des rapports médicaux d’un patient.

Du Jeopardy à la médecine

Selon le représentant, «Watson fait bien plus qu’une simple recherche par mots-clés». Exemple, lorsqu’on lui indique un nom de médicament, il va trouver lui-même des informations sur ce produit mais également tous les concepts qui lui sont liés: sa composition chimique, les études cliniques qui lui ont été consacrées, sa cible thérapeutique ou encore les autres molécules ayant un effet sur cette cible.

La technologie développée par IBM a d’ores et déjà des applications dans le domaine du diagnostic médical. Sa puissance de calcul permet de proposer des traitements à un patient et d’en évaluer le bien-fondé en analysant l’historique médical du patient. Chaque proposition de traitement s’accompagne d’un degré de pertinence, déterminé par Watson. Les médecins disposent d’un outil pour réaliser un diagnostic le plus précis possible, en un minimum de temps, d’après IBM. «C’est une forme d’expertise, une seconde opinion que les médecins peuvent utiliser en complément de leur savoir personnel», indique Jérôme de Nomazy.

Lors d’un test effectué en 2012 au Memorial Sloan-Kettering Cancer Center de New York, Watson a pu diagnostiquer un cancer du poumon avec un taux de succès de 90%, contre 50% pour un médecin. L’intelligence augmentée avait intégré 600 000 données médicales, 2 millions de pages issues de revues spécialisées et les dossiers de 1,5 million de patients. Selon Jérôme de Nomazy: «Certains clients utilisent déjà Watson en oncologie aux Etats-Unis, en Chine, en Thaïlande et en Inde, et bientôt en Hollande et en Finlande. Watson existe maintenant en de nombreuses langues, dont le français [mais pas encore l’allemand ndlr]».

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«Outre l’oncologie, tous les domaines médicaux peuvent potentiellement être intéressés par notre technologie, explique le représentant d’IBM. Tout un chacun peut se la procurer sur le Cloud. A partir d’un Watson de base, on peut l’éduquer à devenir spécialisé dans tel ou tel domaine. Après s’être procuré Watson, on y injecte ses données, son champ d’expertise propre. Bien sûr, les données ne sont pas transmises entre hôpitaux par exemple, elles restent dans la sphère privée.»

Meilleur que les humains

Au-delà de la compréhension du langage naturel, Watson peut également analyser des images. En 2014, il a notamment été utilisé en radiologie. L’ordinateur avait détecté sur des IRM des anomalies imperceptibles à l’œil humain, ceci dans le cadre d’une recherche avec le New York Genome Center portant sur le glioblastome, un cancer du cerveau.

Le représentant d’IBM présente également Watson comme outil de recherche, notamment en pharmacologie: «Le programme ne peut pas faire de découverte à proprement parler, il n’inventera rien, mais il pourrait mettre en évidence des liens qui ne sont pas évidents, ou trouver de nouvelles applications à un médicament qui était fait à la base pour traiter une maladie donnée.»

De son côté, Nicolas Py, le responsable de l’unité «Business Intelligence» de Debiopharm explique son intérêt pour cette nouvelle technologie. «Nous voudrions favoriser le lien entre la recherche académique ou privée et la clinique». La masse de données accumulée par les établissements de santé pourrait ainsi être plus facilement utilisée par les chercheurs et inversement. Nicolas Py confie pourtant au «Temps» que même si le groupe pharmaceutique est sensible aux nouvelles technologies, il n’a pour l’heure pas prévu d’acquérir la technologie d’IBM, essentiellement pour une question de prix…


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