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Entre dimanche et lundi derniers, près de 450 000 mètres cubes de glaces se sont détachées du glacier du Trift, au-dessus de Saas-Grund.
© Dominic Steinmann / Keystone

Climat

2017, année catastrophique pour les glaciers suisses

Selon les premières tendances obtenues par «Le Temps», les glaciers ont perdu deux mètres d'épaisseur en moyenne ces douze derniers mois. Ce n'est pas le record, mais c'est une année extrême: ils n'avaient pas autant souffert depuis 2003

Vers une heure dans la nuit de dimanche à lundi dernier, environ 150 000 mètres cubes de glaces se sont détachés du glacier du Trift, au-dessus de Saas-Grund, en Valais. La veille au petit matin, près de 300 000 mètres cubes de glaces s’étaient déjà effondrés, sans faire ni dégâts, ni victimes. Sentiers de randonnée et remontées mécaniques ont été rouverts lundi. Les 222 habitants et touristes évacués samedi en fin de journée ont pu regagner leur domicile. Chef de la section des dangers naturels de l’Etat du Valais, Pascal Stoebener sourit: «C’est une opération réussie et nous nous en sommes plutôt bien sortis.»

Selon les chiffres compilés par le Réseau suisse des observations glaciaires (GLAMOS), le glacier du Trift a reculé de près d’un kilomètre depuis 1850. Une partie de sa langue a fini par perdre son assise et rester suspendue dans le vide. Elle adhérait encore à la montagne grâce à des températures inférieures à zéro degré. Quand la zone de contact entre la glace et la roche s’est réchauffée, entraîné par la forte déclivité de la pente, le glacier a commencé à glisser. Dans les heures qui ont précédé les éboulements, ses mouvements se sont brusquement accélérés, passant de 130 à 500 centimètres par jour.

L’effondrement du Trift est une conséquence du réchauffement climatique

Professeur de glaciologie à l’Ecole polytechnique fédérale de Zürich, Martin Funk étudie le site depuis l’été 2014. Il y avait alors installé un radar interférométrique, qui enregistre la déformation du terrain pour calculer la vitesse des mouvements du glacier. Démonté dans l’intervalle, l’appareil a été réinstallé dans le courant de la semaine dernière et dans l’urgence. Pour le glaciologue, «l’effondrement du Trift est une conséquence du réchauffement climatique et des températures observées depuis les années 1980». Il insiste: «Les chaleurs de l’été ont peut-être accéléré le phénomène, même si elles n’ont pas été déterminantes.»

Lire aussi: A Bondo, les Alpes souffrent du réchauffement climatique

Des conditions extrêmes

Les données de MétéoSuisse montrent que la Suisse a vécu le troisième printemps et le troisième été les plus chauds depuis le début des mesures, en 1864. Les glaciers des Alpes ont d’autant plus souffert de ces chaleurs que l’enneigement hivernal avait été timide. Selon l’Institut WSL pour l’étude de la neige et des avalanches SLF, l’hiver dernier a été l’un des moins enneigés de ces 150 dernières années, et la durée du manteau neigeux continu a même été la plus courte jamais enregistrée. De nombreux modèles climatiques prédisent que ces conditions extrêmes seront bientôt banales.

Les glaciers les plus petits et les moins hauts ne survivront pas longtemps à la répétition d’années comme celle-ci

Sur plusieurs sites, la neige qui protège et nourrit les glaciers a presque disparu dès le mois de juin. Dénudés, ces derniers absorbent la chaleur et fondent plus rapidement. Mais il y a pire: Privés de matière, de nombreux glaciers ne produiront pas de nouvelles glaces ces prochaines années. Sans couverture neigeuse et donc sans zone d’accumulation, ils sont condamnés à mourir rapidement. Géomorphologue à l’Université de Lausanne, Christophe Lambiel observe des paysages alpins qui changent brusquement. Pour lui, «les glaciers les plus petits et les moins hauts ne survivront pas longtemps à la répétition d’années comme celle-ci.»

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Deux mètres de glaces ont fondu

Glaciologue à l’Université de Fribourg, Matthias Huss est encore occupé à réunir les données des balises distribuées dans les Alpes. Ses analyses seront publiées en octobre. Sur le glacier de Tsanfleuron, dans le massif des Diablerets, la neige a disparu vers la fin juillet et la langue glaciaire a perdu plus de quatre mètres d'épaisseur ces douze derniers mois, contre deux l’année précédente. Mais pour le scientifique, il y a plus inquiétant: «Sur les hauteurs, dans la zone d’accumulation où le glacier devrait normalement gagner de la masse, nous avons observé une fonte d’un mètre et demi d’épaisseur.»

Même si ce n’est pas le record, c’est une année extrême

Habitué à compiler des bilans de masse systématiquement déficitaires, le glaciologue a longtemps pensé qu’il enregistrerait une année record. Finalement, vers la fin juillet et par endroits, des chutes de neige ont brièvement interrompu la fusion de la glace. Les chaleurs de l’année 2017 ne devraient donc pas engendrer plus de pertes que celles de 2003. Les premières tendances obtenues par Le Temps montrent que ces douze derniers mois, les glaciers suisses ont perdu deux mètres d’épaisseur en moyenne. Pour le glaciologue, «même si ce n’est pas le record, c’est une année extrême.»

Lire aussi: Comment le réchauffement climatique transforme les Alpes

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