Santé

Les mystères d’une puberté toujours plus prématurée

De plus en plus de jeunes patients consultent pour cause de puberté précoce. Certains n’ont même pas 6 ans. Les causes de cette pathologie, qui peut entraîner un retard de croissance, restent mal comprises

A 7 ans, Elodie se rend chaque mois chez son pédiatre pour recevoir une injection permettant de freiner le développement pubertaire. Ses parents ont accepté ce traitement hormonal, administré également aux patients souffrant d’un cancer de la prostate. Elodie est atteinte de ce qu’on appelle une puberté précoce, un dysfonctionnement hormonal qui atteindrait de plus en plus d’enfants. Qu’en est-il réellement? La situation est-elle alarmante en Suisse romande?

«Depuis quelques années, j’observe à ma consultation une augmentation des cas d’enfants âgés de 6 à 8 ans avec des signes de puberté précoce. Quelques rares enfants ont seulement 5 ans», constate Valérie Schwitzgebel, professeure responsable de l’unité d’endocrinologie et diabétologie pédiatriques aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

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Les spécialistes distinguent deux groupes de pubertés précoces, celles dites centrales dues au déclenchement prématuré, lié ou non à une lésion, de l’axe hypothalamo-hypophysaire (qui gouverne les sécrétions hormonales), et celles dites périphériques, qui se traduisent par le développement précoce et isolé des seins ou de la pilosité, sans accélération de la croissance et de la maturation osseuse.

Risque de cancer du sein

Les pubertés précoces centrales sont huit fois plus fréquentes chez les filles que chez les garçons. Agées de moins de 8 ans, ces fillettes présentent des signes de développement mammaire avec une pilosité pubienne et une avance de l’âge osseux qui mène à un arrêt prématuré de la croissance. «Avant tout traitement, nous vérifions l’absence d’une éventuelle tumeur cérébrale grâce à une IRM et nous réalisons un bilan hormonal», explique Franziska Phan-Hug, médecin associé au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et spécialiste en endocrinologie pédiatrique.

Uniquement en cas de puberté précoce centrale avérée, un traitement médicamenteux est proposé. «Nous voyons de plus en plus de patients au CHUV avec des signes de puberté précoce mais seuls quelques cas sont traités avec un antagoniste d’une hormone appelée la GnRH», indique la doctoresse.

La croissance est la préoccupation majeure des familles. «Nous avons décidé de suivre le traitement car nous craignions qu’Elodie n’atteigne pas le mètre cinquante à l’âge adulte», explique sa mère qui a eu un véritable choc lorsque le diagnostic a été posé. Le traitement devrait lui permettre de gagner de 2 à 10 centimètres. Valérie Schwitzgebel des HUG insiste sur l’importance du suivi de ces enfants: «Les traitements hormonaux doivent être pris à temps.»

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La taille n’est toutefois pas le seul enjeu: il y a aussi un décalage entre le corps et l’esprit. Ces enfants souffrent de leur différence. «Avoir ses règles à 8 ans peut s’avérer très perturbant. En outre, la ménarche précoce (ndrl: apparition des premières règles) augmente le risque pour un cancer du sein», ajoute Valérie Schwitzgebel.

Perturbateurs endocriniens en cause

Si les cas de pubertés précoces centrales restent rares et surviennent chez environ 1 enfant sur 5000 à 10 000, les cas de puberté précoce périphériques sont en revanche beaucoup plus fréquents. Mais aucune statistique n’existe en Suisse.

«Je vois de plus en plus de fillettes de moins de 8 ans avec un développement mammaire. Ces pubertés périphériques démarrent rapidement mais évoluent généralement lentement, explique Franziska Phan-Hug. L’âge de la survenue des règles reste en général normal. On assiste au final souvent juste à un allongement de la durée de la puberté. Ces cas sont effectivement plus nombreux, mais la situation n’est pas forcément inquiétante si une puberté précoce centrale a pu être écartée. Il est pourtant important de rester vigilant aux potentiels facteurs favorisants, comme les perturbateurs endocriniens ou l’obésité.»

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La puberté précoce – périphérique et centrale – qui semble ainsi augmenter dans tous les pays industriels depuis 15 à 20 ans a des causes encore mal comprises. L’obésité en serait en partie responsable car le tissu adipeux induit des déséquilibres hormonaux. Certaines substances sont aussi montrées du doigt, à savoir les perturbateurs endocriniens (pesticides, bisphenol A, phtalates, etc.) qui agissent sur l’équilibre hormonal. Les micropolluants dans l’eau potable sont également évoqués.

«Nous n’avons pas les moyens d’évaluer l’impact environnemental sur les pubertés précoces. A chaque fois, nous procédons à des questionnaires qui parfois révèlent des éléments intéressants. Nous avons eu le cas, par exemple, d’une fillette de 5 ans badigeonnée à l’huile de lavande et qui présentait un développement des glandes mammaires. Lorsque cette huile a été écartée, le problème a été résolu. Je conseille aux familles d’éviter un maximum les produits chimiques mais aussi de contrôler le poids de l’enfant», rappelle Valérie Schwitzgebel, qui confirme toutefois le flou qui règne sur les causes de cette pathologie.

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