Inventions

Gaston Lagaffe, scientifique et ingénieur de mérite

Gaston Lagaffe a 60 ans. L’occasion de montrer que sous des dehors nonchalants, le héros de BD était un virtuose de l’invention et de l’expérimentation scientifique. Avec des résultats parfois… explosifs

Gaston Lagaffe, dont on fête cette année le 60e anniversaire, est-il un scientifique qui s’ignore? Si le travail de bureau le rebute, ce n’est pas tant à cause de sa paresse que parce que son cerveau est occupé à réfléchir et à inventer.

Grand amateur de chimie, Gaston est capable de créer de nouveaux carburants de fusée, mais surtout de déclencher des catastrophes. Il s’est aussi intéressé à l’acoustique à l’aide du fameux gaffophone aux vibrations destructrices. Il a inventé des matériaux aux propriétés incroyables, et conçu des machines plus ou moins improbables. Il s’est même attaqué à des thèmes très actuels comme les économies d’énergie ou la pollution des voitures.

Retour sur quelques recherches scientifiques emblématiques de Gaston Lagaffe.

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Le gaffophone

Instrument de musique inventé par Gaston, mélange improbable d’une harpe et de peaux de tambour, le gaffophone est à l’origine de nombreux dégâts: il fait dangereusement vibrer un avion, détruit des vitres, déclenche une avalanche, et même déterre des poteaux électriques, qui semblent entrer en résonance avec les basses fréquences de l’instrument. Et quand Gaston électrifie son gaffophone, c’est carrément l’immeuble des Editions Dupuis qui s’écroule.

Dans les faits, ces catastrophes sont impossibles: «Une onde acoustique émise par un instrument de musique a une puissance très faible, quelques watts au maximum, explique Pierre-Olivier Mattei, chercheur au laboratoire de mécanique et d'acoustique (CNRS, Marseille). Certes, une soprano très puissante peut faire vibrer, voire briser un verre, mais il s’agit là de notes tenues. Or le gaffophone ressemble à une harpe, ce sont des sons discontinus, qui ne peuvent pas entrer en résonance avec un objet.»

Quant au gaffophone électrique, il peut au maximum décrocher un tableau si le niveau sonore est suffisant dans les basses fréquences. «Les seules vibrations capables de détruire un bâtiment sont celles d’un tremblement de terre, rappelle Pierre-Olivier Mattei. Là, les énergies mises en jeu sont gigantesques.»

De nouveaux matériaux

Pour Gaston Lagaffe, la chimie n’est pas difficile: «On mélange toutes sortes de produits, on chauffe, on filtre, on réchauffe et on attend ce que ça donne.» Avec des résultats plutôt… explosifs.

Il invente néanmoins de nouveaux matériaux, comme une cire censée ne pas glisser, mais sur laquelle il est impossible de tenir debout. «C’est donc une cire avec un coefficient de frottement quasiment nul, indique Frédéric Restagno, chercheur au laboratoire de physique des solides à Orsay près de Paris. Ce coefficient est la force qu’il faut pour faire avancer un cube, qui est proportionnelle au poids de ce cube (mais pas à sa surface!). Aujourd’hui, les matériaux les plus antiadhésifs, comme le téflon, ont un coefficient de frottement de 0,04.»

Encore plus glissante que le téflon, la cire de Gaston pourrait tenir ses extraordinaires propriétés d’une très fine couche liquide à sa surface, permettant d’atteindre des coefficients de frottement très proches de zéro. A l’image de ce qui se passe sur la glace, où la présence d’un film d’eau liquide extrêmement fin, de quelques dizaines de molécules, nous fait glisser à sa surface.

Avion radioguidé miniature

Grand inventeur d’appareils inutiles, comme la machine à jouer au bilboquet, celle à plier et à envoyer des avions en papier, ou encore le Mastigaston, qui permet de ne plus se mordre les joues en mangeant, Gaston s’est aussi révélé précurseur dans de nombreux domaines. Ainsi, il a conçu «l’avion radioguidé le plus miniaturisé au monde» de la taille d’une mouche, ancêtre des minidrones actuels.

Sur ce point, Gaston n’a d’ailleurs pas encore été égalé: «Un groupe de l’université de Harvard aux Etats-Unis a mis au point un drone de la taille d’une mouche, de 100 milligrammes, indique Franck Ruffier, chercheur à l’Institut des sciences du mouvement à l’Université de Marseille. Il est capable de se propulser et de se stabiliser grâce à ses battements d’ailes, et c’est un exploit. Créer des actionneurs aussi petits qui vibrent suffisamment est incroyablement difficile. Néanmoins, ce drone n’est pas autonome: il est relié à un fil qui lui apporte les informations et l’énergie nécessaires.» Pour créer un minidrone réellement autonome comme celui de Gaston, il reste donc à développer des capteurs et une batterie, tous deux ultralégers.

Par ailleurs, Gaston était aussi précurseur en matière d’écologie. Très tôt, il a protégé les baleines, s’est intéressé à la nature en ville – surtout lorsque les lierres s’enroulent autour des horodateurs – ou à la pollution automobile… dont il était en partie responsable avec son antique tacot.

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