Consommation

«Il faudra revoir à la baisse les limites tolérées pour différentes substances dangereuses»

Des substances chimiques contenues dans les emballages se retrouvent dans nos aliments. Barbara Pfenniger, de la Fédération romande des consommateurs, détaille les actions entreprises en Suisse contre ce problème et livre quelques conseils pratiques

Trois questions à Barbara Pfenniger, Responsable Alimentation à la Fédération romande des consommateurs (FRC)

Le Temps: Les découvertes actuelles sur les substances chimiques qui passent des emballages vers les aliments vous préoccupent-elles?

Barbara Pfenniger: Oui, de plus en plus de consommateurs se soucient de ce problème. Il y a quelques années, on a beaucoup parlé du bisphénol A, un composant retrouvé dans de nombreux contenants alimentaires en plastique, notamment les biberons, et qui est suspecté d’être un perturbateur endocrinien. Plus récemment, le chimiste cantonal zurichois a alerté sur la migration dans la nourriture de plastifiants contenus dans les couvercles des bocaux. On se rend compte que le problème ne concerne pas que les matières plastiques, mais aussi les emballages en carton et en métal. Sans oublier les matériaux recyclés, certains éléments non souhaités comme les encres d’imprimerie pouvant subsister au processus de recyclage et se retrouver dans des emballages alimentaires.

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– Ce problème est-il suffisamment pris en compte en Suisse?

– La Suisse dispose d’une législation alimentaire assez sérieuse. Elle doit cependant être mise à jour au fur et à mesure que de nouvelles informations sont révélées. Il faudra sans doute revoir à la baisse les limites tolérées pour différentes substances qui s’avèrent dangereuses pour la santé. Le nouveau droit alimentaire suisse, qui va entrer en vigueur le 1er mai prochain, exige par ailleurs que les emballages soient accompagnés d’une déclaration de conformité. Ce principe est salué par la FRC, toutefois nous ne savons pas encore s’il va garantir la traçabilité des emballages de manière suffisamment détaillée. Une autre idée serait que la Suisse instaure une base de données pour recenser les produits chimiques et leurs risques, sur le modèle du programme REACH en Europe, afin de mieux contrôler les marchandises produites dans le pays et pouvoir réagir rapidement en cas de problème.

– Avez-vous quelques conseils pratiques pour limiter notre exposition?

– Certains efforts louables de réutilisation de contenants alimentaires peuvent s’avérer de mauvaises idées. Par exemple, il faudrait éviter de stocker un produit gras, comme du pesto, dans un ancien bocal de confiture, qui n’est pas conçu pour cela: certaines matières du couvercle vont plus facilement se disséminer dans la graisse. En revanche, nos analyses ont été plutôt rassurantes par rapport aux contenants réutilisables en plastique: il y a eu des progrès et les plus récents ne laissent plus diffuser de bisphénol A dans les aliments. Enfin, nous conseillons d’être attentif lors du réchauffage de plats ou de lait pour bébé au micro-ondes: mieux vaut utiliser de la vaisselle en verre ou en porcelaine et non une assiette pour bébés en plastique ou des emballages recyclés qui n’étaient pas prévus à cet effet, car le fait de porter les matériaux à haute température favorise la migration de contaminants indésirables.

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