Espace

Copernicus, la constellation européenne à but non lucratif

L’Union européenne et ses partenaires ont lancé, tôt mardi depuis Kourou, le satellite Sentinel 2B. Il vient renforcer une constellation ambitieuse dont les données sont placées en accès libre et gratuit

Au cœur de la forêt de Kourou en Guyane française, le ciel s’est illuminé à 22h49 lundi (mardi à 2h49 en Europe). Sous une fine pluie équatoriale, la fusée européenne Vega d’Arianespace a décollé et mis sur orbite une heure plus tard le satellite Sentinel 2B. Le cinquième engin de la constellation Copernicus, géré par l’Agence spatiale européenne (ESA) pour le compte de la Commission de Bruxelles.

A terme, pas moins de quinze Sentinel doteront l’UE d’une capacité unique à étudier l’état de notre planète: les terres émergées, notamment les forêts et les cultures, mais aussi les océans, les glaces, la qualité de l’air et le climat. Avec un double objectif: suivre l’évolution de l’environnement terrestre et améliorer la sécurité alimentaire, la prévention et la gestion des catastrophes humanitaires, voire la surveillance des frontières de l’UE. Un arsenal orbital dont l’ensemble des données sont placées en open access, proposées en téléchargement à l’ensemble des institutions, entreprises et citoyens de la planète. Une première.

Couverture large du globe

Sentinel 2B est doté d’un imageur dans les domaines visible et infrarouge, dédié à l’étude des terres émergées et de la banquise. Il produira des clichés avec des détails atteignant dix mètres. «Cela peut sembler faible, comparé aux résolutions inférieures au mètre de certains satellites d’observation, notamment militaires, explique Philippe Goudy, le responsable du développement des satellites d’observation de la Terre à l’Agence spatiale européenne. C’est un choix délibéré: Sentinel 2B est doté d’une vision grand angle, qui lui permet une couverture large et fréquente du globe.»

Avec Sentinel 2A, lancé en 2015, le duo fournira des clichés de n’importe quelle région du globe à intervalle de cinq jours. Cela permettra, par exemple, aux agriculteurs de surveiller l’état des sols et des cultures. «Vendre ces données aurait peu rapporté, confirmait lundi, à Kourou, Joseph Aschbacher, le directeur de l’observation de la Terre à l’ESA. Les mettre à disposition gratuitement va créer une véritable industrie.» «Ces données permettront par exemple une surveillance de routine, qui pourra être affinée, quand c’est nécessaire, par l’achat d’images à haute résolution à d’autres opérateurs satellites», se réjouit Philippe Goudy.

Aujourd’hui, le portail des données de Copernicus de l’ES, compte plus de 65 000 utilisateurs, sans compter les nombreux organismes, notamment aux Etats-Unis et en Australie, qui ont signé des accords de coopération pour accéder plus rapidement aux informations. «Plus de 21 000 téra-octets de données ont été téléchargés», rappelle Joseph Aschbacher. Bientôt, le portail recevra quotidiennement plus de données que les internautes n’en publient sur Facebook, grâce à l’infrastructure de relais spatial de données par laser créée par Airbus Defence and Space, pour assurer le transfert des informations en quasi temps réel: il ne s’écoule qu’une vingtaine de minutes entre une prise de vue et sa mise en ligne sur internet.

Prévention des catastrophes naturelles

«Selon une étude indépendante, chaque euro investi par le contribuable européen dans Copernicus devrait générer dix euros de retombées économiques et sociales dans l’UE, insiste Philippe Brunet responsable des industries spatiales, maritimes et de défense, à la direction «Industrie» de la Commission européenne. Imaginez l’impact sur l’industrie automobile si une entité publique offrait aux constructeurs toutes les matières premières nécessaires à la fabrication d’une voiture. C’est exactement, ce que nous faisons avec les données de Copernicus pour l’écosystème qui est en train de se constituer autour.»

L’UE projette en effet la création d’incubateurs pour aider les start-up européennes à créer de nouveaux services, tandis que des cursus «Copernicus» devraient apparaître dans des universités européennes pour former les spécialistes de l’analyse et de traitement des données de la constellation. De son côté, l’ESA conçoit des boîtes à outils logiciels pour ses partenaires et organise des concours d’idées. «Nous n’en sommes qu’au tout début», confirme Joseph Aschbacher, citant notamment l’application française SnapPlanet, qui permet de télécharger des images de n’importe quelle région du globe sur son smartphone.

Copernicus comporte aussi un fort volet humanitaire et sécuritaire, comme la prévention des catastrophes naturelles. Le radar de Sentinel 1B avait pu constater l’ampleur des modifications du sous-sol dans la région de Napa Valley, en Californie, lors d’un violent séisme survenu en août 2014. Une information précieuse pour les géologues et les responsables américains de la sécurité civile. De même, l’Australie devrait utiliser les données sur l’humidité du sol et de la végétation pour améliorer la prévision des feux de brousse qui sont parfois meurtriers. Copernicus devrait aussi jouer un rôle grandissant dans le dispositif de surveillance des frontières de l’UE, en association avec d’autres sources de données.

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