Médecine

Des progrès dans la lutte contre les maladies tropicales négligées

De nombreuses avancées ont été réalisées dans la lutte contre ces affections qui frappent les plus pauvres. Un traitement prometteur a été développé contre la maladie du sommeil

C’est un constat encourageant que livre l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ce 19 avril, à propos des maladies tropicales négligées. Cet ensemble d’affections hétérogènes, souvent méconnues, partage deux points communs, explique Julien Potet, de Médecins sans frontières (MSF). Elles touchent «de façon disproportionnée les plus pauvres d’entre les plus pauvres. Et les programmes de prise en charge restent limités, en regard du fardeau qu’elles représentent.»

L’OMS a dressé une liste de 18 maladies qu’elle juge prioritaires. Parmi elles: la maladie du sommeil, la dengue, la rage, la lèpre, l’onchocercose (ou «cécité des rivières»), les leishmanioses, la bilharziose, l’éléphantiasis (une complication de la filariose lymphatique)…

«L’OMS a enregistré des progrès record contre d’anciens fléaux comme la maladie du sommeil ou l’éléphantiasis», s’est réjouie Margaret Chan, directrice générale de l’institution basée à Genève. «Au cours des dix dernières années, des millions de personnes ont été sorties de la pauvreté et sauvées du handicap, grâce à l’un des partenariats mondiaux les plus efficaces en matière de santé publique.»

La lutte s’organise

Ce partenariat, c’est le Consortium sur les maladies tropicales négligées, créé en 2007. Il réunit la Fondation Bill & Melinda Gates, les gouvernements britannique et américain, de grands groupes pharmaceutiques… Avec ces partenaires, l’OMS a défini en 2012 une «feuille de route», qui fixe des objectifs d’élimination pour 10 de ces affections, à l’horizon 2020.

Dans un rapport publié le 19 avril, l’OMS liste les avancées accomplies. En 2015, près d’un milliard de personnes – soit 62,9% de celles qui en avaient besoin – ont reçu une chimiothérapie préventive contre au moins l’une de ces maladies. Parmi elles, 556 millions ont reçu une chimiothérapie contre la filariose lymphatique. Cette maladie est due à un ver nématode, dont les larves sont transmises par piqûre de moustiques. Elle peut entraîner un éléphantiasis, une augmentation considérable du volume d’un membre ou d’une partie du corps.

Par ailleurs, quelque 119 millions d’individus – soit 64% de ceux qui en avaient besoin – ont reçu un traitement (l’ivermectine) contre l’onchocercose. En outre, le trachome, une infection oculaire bactérienne, principale cause de cécité à travers le monde, a cessé d’être un problème de santé publique en Oman, au Maroc et au Mexique. Plus de 56 millions de personnes ont bénéficié d’un traitement antibiotique en 2015.

Success story

Un progrès marquant concerne la «maladie du sommeil» (trypanosomiase), due à un parasite transmis par la mouche tsé-tsé. Le nombre de cas a chuté de façon spectaculaire. «C’est une vraie success story, relève Julien Potet de MSF. A la fin des années 1990, on estimait le nombre de décès annuels à près de 300 000 cas dans le monde. En 2015, moins de 3000 nouveaux cas par an ont été notifiés.» Cette réussite tient à deux causes. D’une part, les campagnes de dépistage précoce menées à partir des années 2000 ont permis de traiter plus tôt les malades, «ce qui a cassé la chaîne de transmission».

Second levier de ce succès: les progrès thérapeutiques accomplis grâce à une organisation à but non lucratif, la Drugs for Neglected Diseases initiative (DNDi). «Dans les années 1980, un seul traitement existait contre la maladie du sommeil: à base d’arsenic, il tuait un patient sur 20», raconte le docteur Wilfried Mutombo, coordinateur de la recherche au DNDi. Cette organisation a démontré l’intérêt d’une combinaison de deux médicaments anciens. «Efficace chez 95% des malades, bien toléré, ce traitement a été recommandé par l’OMS en 2009. Mais il nécessite une logistique assez lourde, ajoute ce dernier. L’un des médicaments doit être perfusé. Dans des zones reculées, son utilisation est extrêmement difficile.» Un autre traitement, pris par voie orale, est en fin de phase d’évaluation clinique. «Les résultats sont prometteurs. Le groupe Sanofi espère déposer une demande d’Autorisation européenne de mise sur le marché d’ici à la fin de l’année», se réjouit Wilfried Mutombo.

Forte volonté politique

Autre exemple: la leishmaniose viscérale. En 2015, cette maladie parasitaire transmise par un moucheron a été éliminée dans 82% des districts en Inde, 97% au Bangladesh, 100% au Népal. Grâce à une forte volonté politique, la lutte contre ces moucherons a été déterminante. «Mais en Afrique subsaharienne, où la lutte contre ce vecteur est plus compliquée, les résultats sont moins bons», note Julien Potet.

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Si cet expert de MSF salue les progrès accomplis, il en pointe aussi les limites. «Par exemple, il y a peu de nouveaux traitements contre la maladie de Chagas.» De plus, il faudrait faire évoluer la liste de ces maladies. Selon le médecin, certaines mériteraient d’en sortir, d’autres d’y entrer: «La mobilisation est, par exemple, très faible en ce qui concerne les morsures de serpent touchant les populations rurales isolées en Inde et en Afrique subsaharienne. Il existe toujours un risque de résurgence de ces maladies, quand on relâche leur surveillance.»

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