Météo

La Suisse se prépare tant bien que mal à la sécheresse

Le froid actuel retarde la fonte des neiges et renforce un peu plus la sécheresse frappant la Suisse. De nouveaux outils sont en développement pour mieux prévoir ces phénomènes extrêmes auxquels il faut vraisemblablement s'habituer

Les bottes de pluie prennent la poussière et le parapluie ne sort plus du placard. De fait, il ne pleut pas beaucoup pour la saison. Des conditions des sécheresses régionalement exceptionnelles ont même été enregistrées ces derniers mois. La situation ne s’arrange donc pas depuis la sécheresse record de décembre 2016, qui avait favorisé le départ d’incendies dans les Grisons et le Tessin. Au risque de se reproduire?

Lire aussi: Après l’incendie, la Léventine doit affronter ses défis climatiques

La Suisse dispose bien d’un arsenal antisécheresse. En 2012 déjà, le Conseil fédéral a adopté une stratégie d’adaptation aux changements climatiques. Son plan d’action décrit des mesures d’adaptation à mettre en œuvre de 2014 à 2019. Concrètement, la Confédération demande par exemple de mettre en réseau et de recourir à au moins deux sources indépendantes pour l’approvisionnement en eau potable, afin d’éviter les situations de pénurie. Ou encore de préserver et protéger les nappes d’eau souterraines, qui constituent la ressource d’eau potable la plus importante. Mais les ressources en eau ainsi que leur utilisation variant beaucoup d’une région à l’autre, la responsabilité des décisions en la matière incombe cependant aux cantons.

Pour l’heure, nous ne disposons pas encore de beaucoup d’expériences sur ce genre de situations extrêmes

Massimiliano Zappa, hydrologue au WSL

Selon Massimiliano Zappa, hydrologue à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), «le sujet est très vaste, il faut penser à d’éventuelles restrictions de l’utilisation de l’eau potable pour les besoins non prioritaires, au sauvetage de la faune des rivières ou encore à l’adaptation des transports sur rivière. Des nouveaux outils de décision sont en cours de développement, dont un système de prévision précoce de la sécheresse avec un délai d’un mois. Mais pour l’heure, nous ne disposons pas encore de beaucoup d’expériences sur ce genre de situations extrêmes».

Lire aussi: Des pistes pour vivre à sec

Heureusement pour le moment, aucune mesure particulière de restriction d’eau ne semble nécessaire. D’après le dernier bulletin hydrologique de l’OFEV, la plupart des grands lacs affichent des niveaux usuels pour la saison. Mais les cours d’eau du Plateau en particulier à l’ouest se situent généralement en dessous des moyennes saisonnières, et cela ne devrait pas aller en s’arrangeant puisque la neige ne devrait pas fondre avec le froid sévissant ces jours. Les eaux souterraines quant à elles ont des niveaux conformes à la moyenne saisonnière, bien qu’à la baisse dans certaines régions du pays.

Des mesures sont néanmoins prises en ce qui concerne le risque de feux de forêts. Le portail des dangers naturels de la Confédération affiche en effet un danger marqué d’incendie pour les cantons de Suisse occidentale. «Un fort danger d’incendie perdure également depuis le 6 avril sur la partie sud des Alpes, rappelle Michael Reinhard, chef de la Section protection et santé des forêts de l’OFEV. En raison de vents tempétueux, le danger est même passé momentanément en classe 'très fort', la plus haute, au Tessin. Dans ces régions, il est strictement interdit de faire du feu en plein air, et pompiers et hélicoptères sont prêts à intervenir.»

Lire aussi: La sécheresse provoque d’importants feux de forêts dans certains cantons

Selon l’expert, les conditions pour un déclenchement de feux de forêt sont optimales de mars à début mai. «A cette période, lorsqu’il n’y a plus de neige et pas encore de végétation pour protéger les sols forestiers, les rayonnements du soleil arrivent directement sur le sol ce qui assèche beaucoup plus rapidement l’herbe et les feuilles de l’année précédente. Le vent et les hautes températures au début avril ont également contribué à l’assèchement des litières.» Une situation commune au Tessin et dans le sud des Grisons mais beaucoup plus surprenante pour le nord des Alpes.

En 2015 et 2003, des conditions caniculaires avaient déjà fait ressortir un manque d’eau. Pour l’instant, la Suisse est le château d’eau de l’Europe, mais le sera-t-elle encore longtemps? «Avec le réchauffement climatique, il faut s’attendre à avoir davantage de périodes de sécheresse entre le printemps et l’automne, estime Martin Beniston, climatologue à l’Université de Genève et coordinateur du projet européen ACQWA qui évalue les impacts climatiques sur la qualité et la quantité des eaux. Les précipitations seront moins fréquentes et avec la poursuite du recul glaciaire et l’élévation de la limite des chutes de neige, il est probable que les débits des cours d’eau diminueront en toutes saisons, à l’exception de l’hiver. En effet, selon les simulations des modèles climatiques, l’hiver sera propice à une intensification des précipitations.» Autant d’événements extrêmes auxquels il faudra s’habituer notamment en adaptant convenablement la gestion des eaux.

Publicité