Sciences

«Il y a ce moment où on se dit «aha», et on comprend qu’on fait une découverte»

Le chercheur vaudois Jacques Dubochet, colauréat du Nobel de chimie, a fait part de sa «très grande reconnaissance». «Je ne suis pas tout seul, c’est un effort collectif», a-t-il souligné

«Dans un moment comme ça, le sentiment qui s’impose aujourd’hui est celui d’une très grande reconnaissance. Ils sont sympas à Stockholm, ça, c’est vrai, c’était pas évident. Mais un prix scientifique est une chose ambiguë. Il devrait récompenser un effort collectif. Je ne suis pas tout seul», a déclaré à Lausanne le prix Nobel de chimie 2017 Jacques Dubochet. Pour lui, cette focalisation des prix scientifiques sur la personne est «un problème».

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Très animé, le scientifique vaudois a raconté mercredi l’histoire de la découverte qui lui vaut le plus prestigieux des prix scientifiques. «Nous avons inventé l’eau froide», a-t-il résumé. C’est-à-dire la vitrification de l’eau, une congélation ultrarapide qui a permis de conserver les molécules pour les observer intactes.

Un microscope électronique ne peut pas fonctionner à l’air libre. Jacques Dubochet et son équipe ont donc expérimenté avec de l’eau qu’ils ont refroidie avec de l’éthane, qui s’est ensuite transformée en ce qu’on appelle de «l’eau cubique», permettant de conserver les molécules. La prestigieuse revue Nature n’y a pas cru mais fini par devoir s’incliner.

Sauvé par Appenzell

«Quand on fait de la recherche, il y a ce moment «Aha» où on se dit, ça, c’est faux, ça ne peut pas marcher, et ensuite on comprend qu’on a fait une découverte», a-t-il expliqué en rendant hommage aux nombreux collègues qui ont contribué à ses recherches.

J’étais un peu asocial, j’avais beaucoup de peine avec le monde. Mais tous les dix ans, ça va un peu mieux

Jacques Dubochet

Il raconte être entré presque par accident au collège, d’abord classique, puis scientifique. «Ça n’a pas bien été», mais son directeur de collège a diagnostiqué sa dyslexie et lui a permis de poursuivre tant bien que mal ses études, terminées à Trogen en Appenzell pour échapper à la rigueur de l’école vaudoise. «Après, tout a bien été.»

Le mystère de l’eau

En partie, ses recherches récompensées aujourd’hui par le prix Nobel restent mystérieuses. «On ne comprend toujours pas la nature de l’eau vitrifiée par notre méthode» ou «eau vitreuse», développée par le Vaudois et son équipe dans les années 1960, et qui a révolutionné le domaine de la cryomicroscopie électronique.

«Je déteste la compétition personnelle», a conclu Jacques Dubochet, un paradoxe dans l’univers férocement concurrentiel qu’est la science moderne. Il dit avoir été écologiste, et l’être encore, «un peu asocial, j’avais beaucoup de peine avec le monde». «Tous les dix ans, ça va un peu mieux, et aujourd’hui ça ne va pas mal», a-t-il plaisanté.

«On est tous très fiers, je peux dire que personnellement je suis incroyablement heureuse que ce prix aille à Jacques Dubochet qui le mérite de tant de points de vue», a souligné la rectrice de l’Université de Lausanne Nouria Hernandez.

A voir: La conférence de presse de Jacques Dubochet à l’UNIL, sur Facebook

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