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A 71 ans, Jo Cameron n’a jamais ressenti ni douleur ni anxiété

Dotée d’un capital génétique hors norme, Jo Cameron ne sent pas la douleur physique ni mentale. Les scientifiques qui ont étudié ses gènes espèrent que son cas pourra faire avancer la recherche dans les traitements contre la douleur

A 71 ans, Jo Cameron n’a jamais connu la douleur, de toute sa vie. Brûlures, griffures, elle ne sent rien. Manger des piments ne la fait même pas tressaillir. Un don qui n’en est pas vraiment un, puisque Jo est en réalité atteinte d’une mutation génétique très rare, qui la prémunit de toute sensibilité physique ou psychique.

Des accouchements indolores

Pendant des années, Jo Cameron a mené une vie paisible avec son mari sur les rives du Loch Ness en Ecosse. Aujourd’hui, elle est une curiosité génétique qui attise l’intérêt des scientifiques.

Dans les colonnes du New York Times, elle explique n’avoir ressenti aucune douleur lors de ses accouchements sans péridurale. Une expérience qu’elle compare même à une «chatouille»: «Je sentais que mon corps changeait, mais cela ne me faisait pas mal.» Elle disait aux autres femmes de son entourage: «Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas aussi douloureux qu’on le dit.»

Aucune peine du point de vue psychique non plus. Jo Cameron confie n’avoir jamais été stressée ou anxieuse. Le sentiment de peur lui est même inconnu.

Mutation génétique

Cela fait cinq ans que Jo Cameron est analysée par les scientifiques. Dans un article publié jeudi par le British Journal of Anaesthesia, le phénomène est notamment expliqué par une mutation de l’un de ses gènes.

Le docteur Devjit Srivastava, un spécialiste en anesthésie, est l’un des chercheurs à avoir étudié le cas de la septuagénaire. Après l’avoir examinée une première fois, il l’a redirigée vers un groupe de spécialistes de l’Université de Londres qui étudiait depuis plusieurs années déjà une douzaine de patients comme Jo. Mais ce que cette patiente a de spécial, ce sont ses gènes «FAAH» et «FAAH-OUT», qui auraient muté. Jamais une telle transformation génétique n’avait été observée jusqu’à présent chez un être humain.

En dehors de la douleur physique, les chercheurs pensent également que ce gène contenu dans l’ADN de l’Ecossaise explique la raison pour laquelle elle n’a pratiquement jamais ressenti la peur ou l’anxiété. Ce don incroyable lui aurait en outre permis de guérir très vite lors des rares fois où elle est tombée malade.

Un héritage pas toujours facile à gérer

La septuagénaire aurait hérité ces particularités de son père, qui ne prenait jamais d’antidouleur. Décédé aujourd’hui, il n’est plus possible de vérifier cette hypothèse. Le fils de Jo aurait lui aussi hérité en partie de ces gènes.

Un capital génétique pas toujours facile à assumer pour Jo: «Je suis couverte de griffures, de bosses et de coupures dont je ne m’aperçois pas, jusqu’à ce que quelqu’un me dise: «Oh, vous vous êtes brûlée ici.» Jo a aussi une fâcheuse tendance à oublier beaucoup de choses, comme ses clés, qu’elle égare très souvent. Mais ce qu’elle regrette le plus, c’est de ne jamais avoir pu «ressentir de montée d’adrénaline», comme tous les autres êtres humains.

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