Quasi tous les pays du monde pourraient subir, dès 2030, une année sur deux particulièrement chaude. C’est ce que révèle une étude germano-suisse parue ce jeudi 6 janvier dans la revue Communications Earth and Environment. Celle-ci souligne la responsabilité majeure des émissions de gaz à effet de serre des principaux pollueurs mondiaux.

Le niveau record

Pour établir des prédictions de réchauffement par région d’ici la fin de la décennie, cette étude croise des données historiques d’émissions et les engagements pris avant la récente conférence mondiale sur le climat, ou COP26, par les plus grands pays émetteurs mondiaux, à savoir la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Inde et la Russie.

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Résultat: 92% des 165 pays étudiés devraient enregistrer une fois tous les deux ans une année de températures extrêmement élevées. Ces années sont définies comme atteignant le niveau record attendu une fois tous les cent ans à l’ère préindustrielle, soit avant l’augmentation exponentielle des émissions dues à l’activité humaine responsables du changement climatique.

Une conclusion «qui souligne l’urgence et démontre que nous allons vers un monde bien plus chaud pour tout le monde», pointe Alexander Nauels, de l’ONG Climate Analytics et coauteur de l’étude.

Pour mettre en évidence la contribution à ce phénomène des plus grands émetteurs, les chercheurs ont ensuite modélisé ce que serait la situation en retirant leurs émissions depuis 1991, soit l’année suivant la publication du premier rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui mettait en lumière la responsabilité des émissions causées par l’activité humaine. La proportion de pays affectés par ces années de chaleur extrême descend alors à 46%.

Ressentir

Pour Lea Beusch, de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, ou EPFZ, l’étude met en évidence «l’empreinte claire» des grands émetteurs au niveau des différentes régions. «Je pense que c’est très important, car en général nous parlons de quantités abstraites d’émissions ou de températures mondiales que nous connaissons, mais ne pouvons pas ressentir», déclare-t-elle.

Le bouleversement serait particulièrement net dans les zones tropicales africaines. «Comme il s’agit d’une région où les variations d’une année à l’autre sont généralement assez faibles, même l’augmentation modérée qu’elle va subir, comparée à d’autres régions, la fait véritablement sortir de son schéma climatique connu», souligne la chercheuse zurichoise.

En valeur absolue, les augmentations de températures les plus fortes touchent les hautes latitudes de l’hémisphère Nord, phénomène d’ores et déjà observé. Les conséquences pourraient être atténuées grâce à des réductions significatives d’émissions des pays, insistent les auteurs.

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Or, selon l’Organisation des Nations unies, les engagements actuels verraient les émissions augmenter de 13,7% d’ici 2030. Soit loin de la baisse de moitié nécessaire pour maintenir à portée l’objectif idéal de l’accord de Paris de 2015: contenir le réchauffement mondial à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle.