Quand la situation s’éclaircira-t-elle pour le volcan Eyjafjöll, entré en éruption mercredi dernier? Une période d’accalmie semble se dessiner puisque le panache de vapeurs volcaniques a diminué de hauteur. Culminant à plus de 7000 mètres de haut la semaine dernière, la colonne ne dépassait plus les 3000 mètres hier.

Le feu n’aime pas l’eau. Dans le cas d’un magma volcanique, c’est-à-dire des roches en fusion, la rencontre des deux éléments est même explosive. Le magma, venant des entrailles de la terre, atteint une température de 1200 °C et contient de nombreux gaz dissous sous pression. «Eyjafjöll est situé sous un glacier, explique Mickaël Dungan, professeur en volcanologie à l’Université de Genève. Lorsque la lave arrive en surface, son contact avec l’eau gelée engendre un choc thermique qui provoque la vaporisation de l’eau, augmentant la pression interne du volcan. Résultat: des explosions importantes emmenant vapeur d’eau et morceaux de lave fragmentée, les scories.»

Combien de temps l’émission du panache de vapeurs peut-elle durer? Théoriquement, tant que la lave s’échappe du volcan et qu’il reste de la glace à fondre à sa sortie. Encore «au moins quelques jours d’une telle activité», selon le volcanologue islandais Freysteinn Sigmundsson cité dans Le Monde. La diminution de la hauteur du panache observée récemment signifie-t-elle par ailleurs qu’Eyjafjöll est en train de s’endormir? «Cet indice va bien dans le sens d’une diminution de son explosivité, commente le volcanologue de l’Unige. Cela ne veut pas dire pour autant que l’activité du volcan cessera aussi vite.»

Connexion entre les volcans

De nouvelles éruptions peuvent en effet se produire une fois l’actuelle terminée. Preuve en est qu’Eyjafjöll en est à sa deuxième éruption depuis le début de l’année. «Un volcan n’est pas comme un robinet qui se tarit une fois qu’il est vide. Nous ne savons réellement rien de son alimentation. Qui plus est, dans le cas des volcans islandais, la lave peut provenir directement du manteau terrestre, sans être stockée dans une chambre magmatique.»

L’Islande se situe sur la dorsale médio-océanique: une frontière qui la traverse du sud-ouest au nord-est et à partir de laquelle la plaque tectonique européenne s’éloigne de l’américaine. Ce mouvement d’éloignement crée des fractures de distorsion qui rayonnent autour des volcans et permet leur connexion. Katla, un volcan voisin d’Eyjafjöll, dix fois plus gros, semble être lié à ce dernier. En effet, lors des trois éruptions historiques d’Eyjafjöll, en 920, 1612 et 1821, Katla s’était réveillé lui aussi de façon quasi synchrone. Aujourd’hui, le risque que Katla rentre en éruption est grand. Sa fréquence est de 80 ans environ et son dernier réveil date de 1918. Pourtant, aucune donnée enregistrée par les sismographes ne témoigne d’une quelconque activité récente. «Sans être probable, le risque d’éruption de Katla ne peut être écarté. Un réveil sans signe annonciateur est toujours possible, commente Mickaël Dungan. D’autres cas dans le monde, au Chili notamment avec le volcan Llaima, en témoignent.»