Climat

Alerte américaine sur le réchauffement

L’Académie américaine des sciences a commencé à publier un volumineux rapport sur le changement climatique. Plus prudente que le GIEC, elle n’en appelle pas moins à agir sans attendre

Le changement climatique n’a pas fini de susciter d’énormes rapports. Après ceux du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) récompensé en 2007 par un prix Nobel de la paix, voici celui de l’Académie américaine des sciences, une œuvre en cinq volumes, dont les trois premiers viennent de paraître. Le document affiche la même ambition que ses illustres devanciers: mobiliser un grand nombre de scientifiques pour réaliser un tour complet de la question, en posant le problème et en évoquant des solutions. Mais le style, lui, se révèle plus ouvert.

L’Académie américaine des sciences n’en est pas à son coup d’essai. Elle a déjà publié plusieurs rapports sur le changement climatique. Mais ses travaux dépendent étroitement de leur commanditaire, soit, pour l’essentiel, de la Maison Blanche ou du Congrès. Or, au début de la décennie, soit au commencement de l’administration Bush, aucun document majeur ne lui a été demandé. C’est le parlement des Etats-Unis qui a finalement débloqué la situation, en la sollicitant, en 2008, pour dresser l’état général du dossier.

Le rapport qui en résulte est la plus grosse publication jamais consacrée au climat par l’Académie américaine des sciences. Il a mobilisé près d’une centaine d’experts bénévoles issus de différents milieux, des universités, bien sûr, mais aussi du gouvernement, du commerce, de l’industrie, des organisations non gouvernementales et de la «communauté internationale». Américain, oui, mais à l’écoute de l’étranger.

Le premier volume, consacré au changement climatique proprement dit, assure que la Terre se réchauffe et que les hausses récentes de température sont «largement causées par les activités humaines». Il nuance cependant le tableau en précisant que le phénomène est particulièrement marqué sur les continents et aux latitudes élevées. Et il souligne que de nombreux processus sont insuffisamment compris, d’où la persistance d’incertitudes concernant «l’ordre de grandeur et la vitesse du changement climatique, ainsi que ses manifestations aux échelles locale et régionale».

En dépit de ses doutes, indique-t-il pourtant, «le climat futur de la Terre sera différent du climat auquel les écosystèmes et les sociétés humaines se sont habituées depuis 10 000 ans».

Le deuxième volume traite des moyens à disposition pour limiter le réchauffement. Sur ce chapitre très sensible parce que très politique, ses auteurs prennent toute une série de précautions pour ne pas être trop facilement accusés, comme leurs collègues du GIEC, de militantisme. S’ils recommandent l’adoption d’un «budget d’émissions», soit de quantités à ne pas dépasser, ils évitent d’articuler des chiffres trop précis. Ils insistent tout au contraire sur le fait qu’il est impossible d’indiquer avec certitude un niveau tolérable de gaz à effet de serre. Et que les rejets auxquels les Etats-Unis ont droit est un problème éthique et politique, mais pas scientifique.

Afin de ne pas demeurer totalement dans le vague, ils se permettent tout de même de «suggérer» un budget d’émissions domestiques de l’ordre de 170 à 200 gigatonnes d’équivalent CO2 pour la période s’étendant de 2012 à 2050. Ce qui correspond à une diminution des émissions de 50% à 80%, assez en phase avec les propositions de l’administration Obama.

Le troisième volume se concentre sur les possibles stratégies d’adaptation au changement climatique, étant entendu que les températures du globe paraissent condamnées à s’élever. La vulnérabilité au changement climatique, explique-t-il, résulte de l’ampleur du phénomène mais pas seulement. Elle tient aussi à une longue série de facteurs sociaux, économiques, géographiques, etc. ainsi qu’à la capacité de chaque pays de se protéger. Il s’agit par conséquent de privilégier les actions qui, tout en freinant le réchauffement, renforcent le développement.

Ce nouveau rapport fera-t-il avancer la lutte contre la hausse des températures? Avec ses appels répétés à une action urgente, il ressemble à beaucoup de ses prédécesseurs restés sans grands effets. Mais il s’en distingue sur un point important: le contexte de sa sortie. L’administration américaine actuelle paraît bien décidée à agir dans le domaine climatique, ne serait-ce que pour assurer aux Etats-Unis un rôle de premier plan sur ce terrain-là également. Une telle volonté pourrait bien donner au document une résonance inédite.

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