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Le monument au Peer-review de l'université HSE de Moscou. Une chance sur six d'être accepté. Photo: HSE Institute of Education

Les cinq plaies de la recherche

Altmetrics, CRAC et bonus: dix choses à savoir autour des publications scientifiques

Oui, dans certains pays un chercheur obtient des dizaines de milliers de dollars en publiant dans une bonne revue

[En partenariat avec Le Monde] Toute cette semaine, Le Temps vous emmène dans les coulisses de la science qui se fabrique, découvrir les cinq plaies de la recherche actuelle. A lire aussi:

1 Altmetrics

Comme si les chercheurs n’avaient déjà pas assez à faire avec les critères traditionnels d’évaluation de la recherche, ils doivent depuis 2010 s’adapter aux altmetrics. Ces formules calculent l’impact d’un article sur le Web, autrement dit en prenant en compte le nombre de citations sur Twitter, Facebook ou dans la presse, le nombre de sauvegardes ou de téléchargements – un indice qui mesure donc le «bruit» généré par un article, qu’il soit positif ou négatif. La communication est décidément devenue un nouveau devoir du scientifique, qui en plus de publier est sommé d’assurer le service après-vente en tweetant, en animant des conférences, en répondant aux journalistes… Sans surprise, les études d’intérêt général autour de la santé ont été les plus mentionnées en 2016 (sucre et maladies coronariennes, virus Zika et microcéphalie…). Les sujets complexes et moins grand public n’ont aucune chance. Les grands éditeurs indiquent ces altmetrics à côté des articles. Le Fonds national suisse, dans sa revue Horizons, leur a consacré une très intéressante enquête dont il ressort que les articles les plus cités dans la bibliographie académique et ceux qui ont bénéficié des meilleures altmetrics une même année ne sont pas les mêmes.

Au reviewer anonyme

Un monument parodique a été inauguré à Moscou en mai 2017 dédié au reviewer anonyme (voir photo ci-dessus). Sur les côtés d’un dé (qui jamais n’abolira le hasard) on peut lire «major changes», «revise and resubmit», mais aussi «ACCEPTED». Le taux moyen de rejets est de 90% pour les plus grandes revues.

Volontarisme

Une étude néerlandaise a montré que 17% des abstracts publiés dans la base de données PubMed en 2014 contenaient des mots positifs comme «innovant», «prometteur», «robuste». La proportion est neuf fois plus élevée qu’en 1974.

In Horizons, la revue du Fonds national suisse des sciences, n° 108

Burn-out

Dans une enquête du Guardian auprès de 2500 scientifiques ayant d’eux-mêmes déclaré des problèmes de santé mentale, les deux tiers ont reconnu que ces difficultés étaient directement reliées à leur travail universitaire.

5 CRAC

C’est l’acronyme du Compte rendu annuel d’activité du chercheur au CNRS, le Centre national de recherche scientifique en France, fondé en grande partie sur les index bibliométriques des chercheurs.

Bonus

La pression du «publish or perish» est particulièrement intense en Chine et dans certains pays du Golfe, où des bonus à hauteur de dizaines de milliers de dollars récompensent personnellement les chercheurs ayant atteint le graal: une publication dans Nature ou Science

Une nouvelle approche pour surmonter les barrières à la publication

Le British Journal of Medicine a mis en ligne une série de modèles de lettres parodiques destinées aux auteurs refusés. Cher Editeur, merci d’avoir rejeté notre article. Comme vous le savez, nous recevons de nombreux rejets, et il ne nous est pas possible de tous les accepter. Nos experts ont soigneusement étudié votre rejet et nous sommes au regret de vous informer que nous ne pouvons pas l’accepter…» Le taux moyen de rejets est de 90% pour les plus grandes revues.

Au-delà du paywall

Un add-on disponible sur Chrome ou Firefox permet de vérifier si un article situé derrière un paywall est consultable ailleurs, sur un serveur public (repository). C’est gratuit et légal.

Rétractations

Ce n’est pas parce qu’un article est retiré qu’il disparaît de la circulation. Souvent la rétractation intervient trop tard, et l’article continue d’être cité. Parmi les 10 articles retirés mais qui continuent d’être les plus cités, le site spécialisé Retractationwatch cite notamment l’article paru dans The Lancet suggérant faussement un lien entre autisme et vaccinations. Cet article faux continue de faire des ravages d’autant plus qu’il est bizarrement davantage cité depuis qu’il a été officiellement retiré par The Lancet.

10 L’ego des chercheurs

L’immunologiste français Bruno Lemaitre, qui dirige un laboratoire à l’EPFL, a consacré un livre hors normes à l’influence du narcissisme sur la science: An Essay on Science and Narcissism («Un essai sur la science et le narcissisme», autoédité, non traduit, disponible sur Internet et dans certaines librairies). Alors que les scientifiques sont censés être objectifs, honnêtes et travailler collectivement, il y décortique des portraits de mâles alpha qui mènent la recherche en focalisant l’attention et les financements, au péril de leur entourage et parfois de la vérité scientifique.

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