biodiversité

Amateurs de nature sollicités pour recenser les fourmis en Suisse

Les sciences participatives sont en plein essor en Suisse et permettent aux citoyens de devenir des apprentis chercheurs. Dans le canton de Vaud, une nouvelle initiative vise à recenser les espèces de fourmis

Grâce aux observations des bénévoles, les scientifiques peuvent réaliser des études impossibles à mener autrement. Des opérations de science participative, ou citoyenne, fleurissent aux quatre coins du monde. Des mammifères aux insectes, en passant par les fleurs ou les astres, tous les domaines de recherche sollicitent aujourd’hui les amateurs de sciences.

Dans cette dynamique, et à l’occasion de son bicentenaire, la Société vaudoise des sciences naturelles (SVSN) s’est associée à l’Université de Lausanne et au Musée cantonal de zoologie pour lancer une «Opération fourmis».

Des connaissances insuffisantes

Cette collecte participative de fourmis a pour but d’élaborer une carte de distribution des espèces vaudoises. «L’idée nous est venue d’une contribution trouvée dans nos archives d’Auguste Forel, un célèbre myrmécologue vaudois, qui avait réalisé une liste des espèces de fourmis, raconte Vincent Sonnay, président de la SVSN. La science participative nous a semblé être la bonne manière d’atteindre un large public et de le sensibiliser à l’extinction des espèces.»

Les spécimens ainsi collectés seront ensuite envoyés à une équipe de chercheurs de l’université et du musée qui se chargera de les identifier, de les étiqueter et de les conserver au sein d’une collection. «C’est une occasion unique de compléter nos connaissances sur les fourmis, se réjouit Anne Freitag, conservatrice du Musée de zoologie. Ce patrimoine servira à d’autres études et les données seront transmises au Centre suisse de la cartographie de la faune, qui réunit les observations faites sur les insectes, les mammifères, les poissons, les reptiles et bien d’autres.»

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Près de 140 espèces

Plus de 40 000 espèces d’insectes sont établies en Suisse. Parmi elles, on dénombre près de 140 espèces de fourmis. Certaines viennent d’ailleurs en Europe, d’autres, malheureusement, sont en train de disparaître. «L’inconvénient, c’est que l’on n’a pas de carte précise de répartition des fourmis, regrette la conservatrice. On ne sait pas lesquelles sont toujours des espèces communes ou rares, lesquelles vivent en plaine ou en altitude. Nous avons davantage de données sur le loup dans le canton que sur la plus commune des fourmis de jardin.»

La raison? Les scientifiques ne se sont pas rendu compte de l’importance de signaler les insectes croisés au quotidien. «Si un jour, une espèce venait à diminuer, on mettrait longtemps à s’en rendre compte. On a donc besoin de ces données, d’établir un état zéro», insiste-t-elle.

Les smartphones, de mini-laboratoires

Des personnes non professionnelles ont toujours contribué à la science. «Ce qui est nouveau, c’est la combinaison de cette démarche avec les nouvelles technologies. Des sciences citoyennes reposent sur la prise de photos, de vidéos ou de sons», observe François Grey, codirecteur du Citizen Cyberlab de l’Université de Genève. Partenaire du CERN et des Nations unies, cette structure développe depuis dix ans des technologies utilisées en science participative.

«Les résultats obtenus peuvent être d’une grande importance. Le constat du déclin drastique des insectes a été dressé grâce à des Allemands. Dans le monde, des serpents sont photographiés pour pouvoir agir rapidement en cas de morsure et administrer le bon antidote. Même la physique quantique s’y est mise par le biais d’applications qui font davantage appel à l’instinct et à la créativité qu’à la logique scientifique», énumère-t-il.

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Attention à la qualité des données

Les projets participatifs amenuisent les frontières entre science et société. «Il est important de ne plus les dissocier, s’exclame Anne Freitag. Avant, on faisait de la médiation scientifique en informant les citoyens. Mais les gens observent des choses autour de chez eux ou sur la route, chaque jour, et ça fait beaucoup de paires de mains et d’yeux à disposition.»

Pourquoi ne pas les utiliser pour augmenter le nombre d’observations? La conservatrice du musée émet quelques réserves: «Des projets participatifs n’ont pas donné le résultat escompté. La qualité des données est primordiale. L’échantillon n’a d’intérêt que si l’on sait d’où il vient, précisément.»

Des passionnés peuvent en effet signaler une fleur ou un oiseau, mais cette démarche est plus délicate en ce qui concerne les insectes. Il y a déjà eu des tentatives en Suisse pour les vers luisants ou les lucanes cerfs-volants, mais différencier des fourmis à l’œil nu ou sur photo est impossible. Les projets liés aux insectes sont donc encore peu nombreux. La conservatrice ajoute: «On ne peut se rendre compte de l’état actuel de la biodiversité que si on l’observe.» Seulement, l’homme ne voit que ce qu’il veut voir.

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Les personnes qui souhaitent participer à l’«Opération fourmis» peuvent s’inscrire sur le site fourmisvaud.ch pour recevoir un kit de collecte.

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