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A Lausanne, certains panneaux indiquent si des impasses peuvent être empruntées à pied ou à vélo. «Une excellente initiative, car quand on est à pied, on est vite découragé par un détour», selon Florian Ruf, chargé de projet à Promotion Santé Vaud.
© Eddy Mottaz

Santé

Comment améliorer la santé des gens… à leur insu

Promotion Santé Vaud lance un site unique en Suisse, contenant une soixantaine de propositions pratiques pour promouvoir l’activité physique et une bonne hygiène de vie. Elles reposent notamment sur des aménagements des villes et des bâtiments

Comment modifier les environnements de vie des habitants pour promouvoir leur santé? Pour la première fois en Suisse, et même a priori dans le monde francophone, un portail web vient d’être lancé proposant un répertoire de plusieurs dizaines de mesures avec cet objectif. L’initiative, qui émane de Promotion Santé Vaud – anciennement Ligues de la santé – et de la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme, pourrait faire des émules en Suisse. Avec un but à long terme: prévenir les maladies et faire baisser les coûts de la santé.

Les habitants ont accès depuis des années à un vaste catalogue de propositions qui les encouragent à pratiquer une activité physique: rien que dans le canton de Vaud, les initiatives «Pas de retraite pour ma santé» pour les seniors, «Ça marche à fond les formes» pour les enfants en excès de poids ou «Objectif 10 000 pas» pour les collaborateurs d’entreprises ont été lancées. «Ces mesures sont très efficaces, mais il faut en avoir connaissance et s’y inscrire. On constate qu’il est difficile de toucher les populations vulnérables, qui sont aussi celles qui ont le plus de risques de tomber malades», constate Florian Ruf, chargé de projet à Promotion Santé Vaud.

Inspiré de New York

D’où l’idée d’agir de manière globale et presque invisible pour l’ensemble de la population, via un catalogue de 60 mesures proposées sur le site environnements-sante.ch, mis en ligne cette semaine. Le contenu du site est ciblé sur quatre facteurs qui ont un effet prouvé sur les maladies non transmissibles: l’activité physique, l’alimentation, l’alcool et le tabac. Ce site s’inspire notamment, pour l’activité physique, d’un guide de 144 pages établi par la ville de New York en 2010, qui affirmait déjà que «le design environnemental sera un outil essentiel pour combattre le plus grave problème de santé publique de notre époque: l’obésité et les maladies chroniques qui en découlent».

Pour le canton de Vaud, le catalogue est vaste. «Prenez un exemple tout simple, les escaliers. Ils sont souvent placés au fond d’une entrée, dans un espace mal éclairé, alors que les ascenseurs sont immédiatement accessibles. Nous suggérons aux architectes, mais aussi aux urbanistes, de mieux mettre en évidence les escaliers», poursuit Florian Ruf, chargé du projet Environnements-sante.ch. Le portail évoque aussi l’aménagement de cheminements piétons attractifs et sécurisés, pour permettre aux enfants et aux seniors notamment de se déplacer en toute autonomie dans leur quartier.

Réduire les coûts de la santé

Ces aménagements de l’environnement construit favorisent l’activité physique des habitants, à leur insu, ou presque. «Ces mesures ne sont pas toutes spectaculaires, reconnaît Florian Ruf. Elles n’offrent pas non plus des résultats immédiats et facilement quantifiables. Mais leur impact est réel. Et nous pouvons agir sur la santé des gens et sur l’ensemble du système, sachant que les maladies non transmissibles représentent plus de la moitié des décès en Suisse, mais aussi près de la moitié des coûts de la santé.»

Ce seront désormais aux urbanistes, aux architectes et aux pouvoirs publics de s’intéresser à ce répertoire de mesures. La démarche suscite déjà l’intérêt des milieux concernés: «La ville de Lausanne, qui commence à nous consulter sur ces questions, manifeste une volonté claire de favoriser la mobilité douce, qui est évidemment bénéfique du point de vue de l’activité physique», poursuit Florian Ruf.

Jusqu’à récemment, ces mesures étaient vues comme une entrave, mais les milieux politiques commencent à prendre conscience de l’utilité du design environnemental

Raphaël Bize, médecin associé à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive à Lausanne

Un exemple concret: la mise en place d’un panneau qui indique si des impasses peuvent être empruntées à pied ou à vélo. «C’est une excellente initiative, car quand on est à pied, on est vite découragé par un détour. Et le futur quartier des Plaines-du-Loup, du projet Métamorphose, devrait intégrer les notions de design environnemental via le projet Métasanté.»

Penser à long terme

La partie n’est cependant pas gagnée, comme le reconnaît Florian Ruf. Il faudra convaincre les urbanistes d’intégrer la dimension santé. Et aux politiciens, centrés sur le très court terme, de penser dans une temporalité totalement différente. Mais Raphaël Bize, médecin associé à l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive à Lausanne, est optimiste: «Jusqu’à récemment, ces mesures étaient vues comme une entrave, mais les milieux politiques commencent à prendre conscience de l’utilité du design environnemental. Même si les effets peuvent prendre plusieurs années avant de se manifester.»

Selon le médecin, le débat de plus en plus vif sur la hausse des coûts de la santé va permettre à ce catalogue de mesures de trouver un écho positif. «Je devine qu’en Suisse, pays libéral, ce genre de contraintes est parfois vu d’un mauvais œil. Récemment, un projet de loi fédérale qui impliquait de mesurer l’impact des décisions politiques sur la santé a échoué, car il avait été perçu comme une entrave à la liberté économique… Mais la situation évolue et le lancement de ce portail contribuera à sensibiliser l’opinion publique à l’intérêt de promouvoir des environnements favorables à la santé.»

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