L'annonce prévue, dans la revue Science, de la naissance de Xena, petite truie clonée par une équipe japonaise, semble avoir semé l'affolement dans la rédaction du grand concurrent Nature. En publiant dans un journal de référence, les chercheurs nippons allaient devenir, aux yeux de la communauté scientifique, les pères du premier clone porcin. La firme PPL Therapeutics avait pourtant réussi le clonage de cinq truies cinq mois avant Xena. Les chercheurs avaient même fait parvenir un article à la revue Nature le 12 juin, lequel avait reçu le feu vert des comités de lecture le 27juillet. Mais la publication n'était pas encore agendée.

Le 16 août, deux jours avant la sortie de l'article fatidique dans Science, Nature a tenté l'opération de sauvetage. La revue s'est fendue d'une annonce aussi inhabituelle que précipitée: la naissance des porcelets de PPL Therapeutics allait faire l'objet d'une publication rapide. L'article, encore raturé, a été placé à la hâte sur l'édition électronique de la revue destinée aux médias. Avec, en bas de page, des points d'interrogation à la place de la date de parution en version papier.

Cette précipitation trahit l'importance des enjeux. Dans les coulisses de la science, la course à la découverte n'est pas qu'une question de prestige. Le clonage du porc, s'il permet un jour de produire des organes pour la xénogreffe, ouvrira des marchés commerciaux considérables. Les pays anglo-saxons d'un côté et le Japon de l'autre ont d'ailleurs une longueur d'avance sur le reste du monde. Ils n'entendent pas se laisser distancer par leur concurrent.