Le magazine romand de cultures et de civilisations souffle 30 bougies. Et revêt les habits neufs de la maturité pour célébrer les beautés naturelles.

Le premier éditorial d’Animan (animan.ch) , le magazine fondé il y a exactement trente ans à Lausanne, se terminait «par un troublant point d’actualité: «Que ces articles qui s’adressent à vous dans un message d’espoir puissent vous faire analyser la dérision de l’espèce humaine et vous aider à concevoir le futur en préservant ce qu’il reste de nos valeurs fondamentales.» Aider à construire un futur en communiquant sur l’importance de ces valeurs, c’est ce que nous voulons toujours transmettre par des reportages qui sont des témoignages poussant à la réflexion.» C’est un programme. Et c’est celui de Thierry Peitrequin, le rédacteur en chef de cette belle revue dont il propose, plutôt fier de lui, une nouvelle formule au seuil de sa quatrième décennie. Avec un site internet qui sera relooké aux confins de Pâques.

«Il faut suivre les mêmes mouvements que le Web et travailler la dramaturgie propre aux magazines avec un maximum de liberté», dit-il en proposant un concept assez unique en son genre, puisque chaque numéro d’Animan (six par an) sera désormais conçu, dans son graphisme et sa mise en pages, à tour de rôle par quatre collaborateurs du bureau Parenthèse communication, à Lausanne, sur une base typographique imposée. «Très attentive à l’air du temps», poursuit-il, la toute petite équipe basée à Morges – trois personnes autour de Peitrequin et une adaptatrice-traductrice pour la version germanophone de la revue – veut offrir «un visuel très épuré» à l’attention de ses 216 000 lecteurs (REMP 2010-2, stable depuis 1996), une audience obtenue grâce à une quinzaine de milliers d’abonnés dans plus de 25 pays et une vente en kiosque d’environ 5000 exemplaires.

Le point fort d’Animan, c’est, depuis toujours, la photographie, très professionnelle, sur proposition ou sur commande, qui culmine dans chacune des livraisons par un portfolio original «destiné aux amateurs d’images fortes ou poétiques». Du haut de gamme, mis en scène avec une sobre élégance, que Thierry Peitrequin espère développer encore, en cette année du trentenaire, avec le souhait de publier un hors-série thématique destiné à perdurer dans les bibliothèques. D’ores et déjà, il annonce pour cet automne un numéro conçu «avec les photographes d’il y a trente ans» et, à la fin de l’année, espère-t-il, une livraison en «rupture de format» (plus grand), comme L’Hebdo a pu le tester à la fin de 2010 et comme L’Illustré vient aussi de l’annoncer pour son 90e anniversaire. C’est une tendance: créer des collectors.

Pour l’heure, le 162e numéro (février-mars 2011) d’ Animan, qui se profile aussi sur le développement durable, propose «en couverture un dossier sur les voyages nature en présentant les plus beaux lieux de la planète à préserver», essentiellement en Afrique. D’autres thèmes sont également abordés, comme Zanskar, une visite des ruelles interdites de Naples où l’on devise et rigole «avec les habitantes réunies pour la chiaccherata, le grand bavardage de fin de journée», la chasse aux tornades aux Etats-Unis ou «les plus belles images du gypaète barbu photographié dans nos Alpes».

C’est ainsi que l’on découvre les images stupéfiantes d’Olivier Staiger, qui, depuis l’an 2000, «passe chaque année quelques semaines de printemps dans les Grandes Plaines des Etats-Unis à la chasse aux orages dans la célèbre Tornado Alley ». Magnifique aussi, le reportage de Marc Lathuillière illustré par Gilles Crampes au pied de l’Himalaya, là où «les derniers mariages traditionnels unissent de grandes familles et ont pour cadre les vallées sans routes». «Entre romance et comédie ivre», on est scotché par cette photo d’une mariée qui «se doit de geindre et de pleurer bruyamment afin de marquer sa douleur de quitter famille et amis». Suit un portfolio, «Beautés sauvages», du photographe Daniel Aubort, spécialiste de la nature et du monde animal qui illustre aussi «la majesté d’un grand voilier». Belle métaphore pour décrire «un membre à part de la famille des vautours»: le fameux gypaète barbu, «avec cet œil jaune cerclé de rouge, son bec énorme orné d’une barbiche et ce corps d’une étrange couleur rouille». Là, on touche carrément au sublime. Ce magazine est à choyer.