A la fin du mois de février, un loulou de Poméranie, dont la propriétaire était elle-même infectée par le SARS-CoV-2, a été testé «faiblement positif» à Hongkong. Ce cas a immédiatement suscité une attention médiatique mondiale: les animaux de compagnie pourraient-ils être touchés et transmettre le virus? Cette inquiétude a été relancée la semaine dernière suite au décès du chien de Hongkong, deux jours après sa sortie de quarantaine, et la révélation par le South China Morning Post de l’infection d’un autre canin.

«Même s’il est possible que les animaux puissent être infectés, il n’y a aucune certitude à ce sujet pour le moment. Il n’y a pas de preuves que les chiens contractent la maladie», souligne Sarah Caddy, chercheuse en immunologie virale à l’Université de Cambridge et chirurgienne vétérinaire. Les causes de la mort du premier chien, âgé de 17 ans, ne sont pas connues mais ne semblent pas être liées au coronavirus qui affecte les être humains.

Sur la question du traitement:  Chloroquine: les dessous d’une recherche controversée

Les tests pratiqués sur l’animal en question ont mis en évidence la présence du génome viral du coronavirus dans des échantillons prélevés au niveau des cavités nasales et de la gueule. La technique utilisée (la PCR pour Polymerase Chain Reaction) ne permet pas de savoir si le virus s’est répliqué dans l’organisme du chien. Sa présence peut s’expliquer notamment par le fait que le chien a léché des objets contaminés. Selon le Département de l’agriculture, de la pêche et de la conservation du gouvernement hongkongais, un test sanguin a mis en évidence l’absence de réponse immunitaire et le chien n’a présenté aucun symptôme de la maladie.

D’autres types de coronavirus

La transmission du virus d’une espèce à l’autre, en l’occurrence de l’humain vers nos animaux de compagnie, n’est pas un mécanisme simple. Pour infecter un chien, le SARS-CoV-2 doit pouvoir pénétrer dans ses cellules. «Les études qui ont été menées jusqu’à présent montrent que le virus utilise deux protéines, ACE2 et TMPRSS2, pour pénétrer dans les cellules humaines, détaille Sarah Caddy. On sait aussi que les chiens présentent ces deux protéines, mais elles sont légèrement différentes puisqu’il s’agit de deux espèces distinctes. Le virus est extrêmement bien adapté pour infecter les humains, mais cela ne veut pas dire qu’il sera aussi efficace chez un chien.» Des travaux sont actuellement menés pour s’assurer que le SARS-CoV-2 ne peut pas se répliquer dans les cellules de nos animaux de compagnie.

Chats et chiens sont affectés par d’autres types de coronavirus. Le premier coronavirus affectant les chiens a été signalé en 1974, montrant qu’ils sont sensibles à cette famille de virus. Un autre coronavirus identifié en 2003 provoque des maladies respiratoires canines, mais aucun de ces virus n’a été transmis de l’animal à l’homme. «Les coronavirus qui infectent les chiens sont très différents de celui qui touche les humains, rappelle Sarah Caddy. En comparant leurs séquences génétiques, il y a environ 70% de similitudes, ce qui est très faible.» Il existe également peu de risques que les coronavirus canins et humains puissent se combiner. «Les coronavirus sont très différents des virus de la grippe où il peut exister des réassortiments de gènes», ajoute-t-elle.

La fourrure comme vecteur

Si les animaux de compagnie ont donc peu de risques d’être infectés, ils peuvent tout de même jouer le rôle de «fomite» (objet contaminé par des agents infectieux et susceptible de propager l’infection), notamment par le biais de leur pelage. «Les chiens dont les détenteurs sont en quarantaine ne peuvent être sortis qu’en laisse et pour une courte durée afin d’éviter les contacts avec d’autres personnes et animaux», rappelle Mathieu Werts, vétérinaire à Monthey (VS).

Lire aussi:  Marcel Salathé: «Je crains que nous ne devions aller vers des mesures plus strictes»

La situation ne nécessite pas de laver ses compagnons plus régulièrement que d’habitude ou d’utiliser des traitements particuliers. Les règles d’hygiène à appliquer ne diffèrent pas, mais il est déconseillé de laisser une personne étrangère caresser votre animal ou de faire de même avec un animal inconnu. L’ensemble des mesures de précaution est rappelé par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires sur son site. Pour autant, insiste Sarah Caddy, le moment n’est pas venu de se détourner de ses animaux de compagnie, qui peuvent fournir un soutien psychologique non négligeable pendant cette période de quarantaine.