Les oiseaux voyageurs au long cours

Chaque année, des centaines de millions d’oiseaux en migration survolent la Suisse. Alors que certaines espèces s’arrêtent dans nos régions pour nicher à la belle saison, d’autres ne font que les survoler, mais toutes suivent des «routes» aériennes bien connues des experts en avifaune. Il suffit de se rendre en des points stratégiques, jumelles autour du cou, pour observer cet été les premiers migrateurs – principalement des insectivores – qui repartent vers le sud dans leurs quartiers d’hiver. Et quoi de mieux que de rejoindre des spécialistes pour en apprendre davantage sur la vie de ces voyageurs au long cours.

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Depuis trente ans, au col de Jaman, au-dessus de Montreux, des ornithologues bénévoles suivent la migration en mettant en place des filets d’août à octobre pour capturer, baguer et relâcher entre 8000 et 12 000 oiseaux selon les années. Cette équipe de bagueurs expérimentés séjourne à tour de rôle sur le col pour lever les filets, de jour comme de nuit, lorsque les conditions sont bonnes, et décrocher au plus vite les petits oiseaux piégés dans les mailles. Des données sur chaque oiseau sont collectées – âge, poids, sexe et état de santé général. Enfin, l’oiseau est bagué, avec un anneau numéroté unique émis par la station ornithologique suisse de Sempach. Des informations précieuses pour permettre de détecter d’éventuels problèmes sur les lieux d’origine et de suivre l’évolution des populations en fonction des changements climatiques.

A la cabane du col de Jaman, les ornithologues répondent volontiers aux questions des promeneurs, qui peuvent regarder de plus près les oiseaux capturés. Les pouillots, les gobe-mouches et les fauvettes peuvent faire partie des observations cet été. Le col de Jaman est atteignable en voiture ou en train depuis la station de Jaman, après trente à quarante-cinq minutes de marche.

Le Binntal, un écrin à cristaux

La vallée du Binn, connue à travers le monde pour sa richesse et sa diversité en cristaux, est un écrin pour les minéraux incrustés dans les formations rocheuses érigées en montagne, il y a des millions d’années. Les cristaux sont issus de processus de transformation et de déformation de roches dites métamorphiques à 30 kilomètres de profondeur et à une température d’environ 550 °C, liés au soulèvement des Alpes. Plus de 300 espèces minérales ont été recensées dans le Binntal, dont une dizaine n’existent que dans cette vallée. Le gisement de Lengenbach est le plus riche avec ses 150 minéraux répertoriés, et il a même donné son nom à un cristal, la lengenbachite.

Un chemin de découverte géologique relie Fäld à la mine de Lengenbach sur une distance de 1,25 kilomètre et une dénivellation positive de 150 mètres. Au long du parcours, on trouve de la serpentinite (une roche constituée de cristaux d’olivine et issue de la transformation de la péridotite, matière première de la croûte océanique), du gneiss (cousin du granite avec de gros cristaux de quartz, de feldspath et de micas noirs) ou encore des métagabbros (minéral rare, dur et compact avec des cristaux de hornblende et de feldspath).

Des fouilles à des fins scientifiques ont lieu chaque été dans le gisement de Lengenbach. Les déblais de ces excavations qui peuvent encore contenir des minéraux intéressants sont déposés à l’entrée de la mine. Les amateurs, avec un petit marteau, peuvent chercher librement des minéraux dans ce matériel rocheux. Avec un peu de chance, vous pourrez rapporter chez vous un joli cristal de roche. Dans le cas contraire, les villes de Binn et de Fäld accueillent musées et magasins de cristaux pour combler les frustrations et contempler les plus beaux spécimens qui ont été trouvés dans la région. Plusieurs cristalliers proposent aussi des excursions guidées.

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Se rafraîchir la tête dans les étoiles

La nuit est un havre de fraîcheur bienvenue et une porte ouverte sur les étoiles. Comme chaque année, de fin juillet à fin août, notre planète traverse un essaim de météores, les Perséides, issus des débris de la comète Swift-Tuttle qui, lorsqu’ils traversent l’atmosphère terrestre, provoquent une pluie d’étoiles filantes. Le phénomène commence autour du 20 juillet pour finir fin août, avec un apogée dans la nuit du 12 au 13 août avec près de 100 étoiles filantes observées par heure. Le mieux est de pouvoir dénicher un endroit sans trop de pollution lumineuse pour profiter au mieux du spectacle. Plusieurs communes romandes partenaires du projet de l’association Perséides – des communes principalement basées dans le canton de Vaud, au pied du Jura et dans le Gros-de-Vaud – ont annoncé qu’elles éteindraient leur éclairage public pour offrir le noir complet.

Le Parc naturel du Gantrisch dans les Alpes bernoises revendique une voûte céleste loin de la pollution lumineuse des grandes agglomérations. La préservation du ciel nocturne fait partie des engagements de ce parc et c’est au sommet du col du Gurnigel situé à 1610 mètres d’altitude, accessible en voiture, que se retrouvent les amateurs d’astronomie pour poser leur télescope et observer les étoiles. Mais pas besoin d’instruments pour profiter du paysage étoilé, Perséides, Voie lactée et constellations sont visibles à l’œil nu. Le parc organise une Star Party dans la nuit du 26 au 27 août.

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En Valais, l’observatoire François-Xavier Bagnoud, situé à 220 mètres d’altitude sur les hauteurs du village de Saint-Luc, accueille aussi les visiteurs intéressés par le ciel étoilé lors de plusieurs soirées astronomiques fin juillet.

Dans les pas des archosaures vieux de 240 millions d’années

Durant l’été, la neige quitte les hauteurs de la région d’Emosson dans les Alpes valaisannes. Les roches nues se dévoilent à plus de 2000 mètres d’altitude et révèlent le témoignage émouvant du passage d’animaux vieux de plus de 240 millions d’années. Deux sites permettent de voir des traces de ces reptiles primitifs appelés archosaures, ancêtres des dinosaures, sortes de crocodiles d’environ 1,50 mètre de long et dressés sur leurs quatre pattes. Y accéder se mérite, il faut se lancer dans une randonnée de montagne, chaussures de marche au pied, pour remonter le temps et fouler les anciennes plages de sable fossilisées.

Le premier site, situé à 2400 mètres d’altitude au-dessus du lac du Vieux-Emosson, a été découvert en 1976 et suscite l’intérêt des scientifiques depuis car il s’agit des plus anciennes traces fossiles de vertébrés de Suisse. Un sentier didactique au départ du parking du barrage d’Emosson permet d’atteindre les traces d’archosaures où, dès la fin de juillet, des géologues et des accompagnateurs accueillent les randonneurs curieux pendant trois semaines. Ils racontent les événements géologiques qui ont permis la conservation de ces traces d’animaux visibles aujourd’hui dans les Alpes. Il faut compter cinq heures de marche aller-retour au total pour 825 mètres de dénivelé positif.

Dans le vallon d’Emaney, à quelques kilomètres de distance à vol d’oiseau du lac d’Emosson, se trouve un autre site découvert plus récemment en 2011 et étudié par les paléontologues et géologues du Musée d’histoire naturelle de Genève. Les scientifiques supposent que les traces révélées dans les rochers de la cascade d’Emaney et celle d’Emosson, qui suivent une même direction, constituaient une route de déplacement pour les archosaures. Pour atteindre l’endroit, il faut compter 2h30 de marche aller (5 kilomètres et 400 mètres de dénivelé positif) depuis l’arrivée du téléphérique des Marécottes à La Creusaz. Au fond du vallon d’Emaney entouré de ses hautes falaises rocheuses, le sentier grimpe en direction du col de Barberine. Juste en aval du col à 2200 mètres d’altitude, sur une paroi plate et lisse, après le passage de la cascade, les traces sont visibles sur la roche, entourées pour certaines par des contours de peinture blanche. Au retour, un arrêt à l’alpage d’Emaney pour déguster du fromage et se rafraîchir récompensera les marcheurs courageux.