Les stations d’épuration des eaux usées (STEP) représentent pour le climat une charge plus importante qu’on ne le pensait jusqu’ici, selon une étude de l’Institut fédéral des sciences et technologies de l’eau (Eawag). Les STEP produisent différents gaz à effet de serre, a indiqué jeudi l’Eawag dans un communiqué. Au total, elles sont à l’origine de plus de 1% des émissions de ce type en Suisse. Dans le cas du gaz hilarant (N2O), un gaz à effet de serre très puissant qui a un impact sur le climat et la couche d’ozone, il s’agit même d’environ 20% des émissions totales. Pour l’année 2019, celles provenant des STEP ont été estimées à 1050 tonnes.

«Les STEP sont des émetteurs de N2O importants, non seulement en Suisse mais dans le monde entier», explique Wenzel Gruber, post-doctorant à l’Eawag et co-auteur de ces travaux publiés dans la revue Aqua & Gas. «Jusqu’à présent, l’importance mondiale des émissions des STEP a été fortement sous-estimée», ajoute le spécialiste, cité dans le communiqué. La raison: il manquait des données avec une résolution temporelle et spatiale suffisante.

Dans le cadre du projet de l’Eawag «N2Oara», 14 campagnes de mesures à long terme ont été réalisées dans différents types de stations d’épuration en Suisse. C’est ainsi qu’il a été possible de créer une vaste base de données sur les émissions des STEP et d’approfondir la compréhension des agents d’émission.

Qualité des eaux usées pas altérée

Le N2O représente l’émission de gaz à effet de serre la plus élevée de tout le processus d’épuration. Si certaines étapes pouvaient être optimisées, les résultats de la recherche montrent que les émissions totales de gaz à effet de serre pourraient être réduites jusqu’à 75%.

Une augmentation de l’élimination d’azote et la prévention d’accumulation des nitrites permettraient entre autres d’obtenir une amélioration, selon les auteurs. «Notre étude montre que les émissions de N2O peuvent être considérablement réduites, sans que la qualité des eaux usées épurées n’en souffre», commente Wenzel Gruber. Les mesures mentionnées amélioreraient même la qualité du processus. Toutefois, pour recommander des mesures d’optimisation efficaces, il faudrait en savoir plus sur les mécanismes impliqués. C’est dans cet objectif que l’Eawag a lancé deux nouveaux projets.

Ce thème de recherche n’est pas nouveau à l’Eawag puisque deux thèses de doctorat y ont déjà été consacrées, en 1996 et en 2013. La Suisse compte environ 800 STEP communales. De tous les gaz à effet de serre émis par les activités humaines, le protoxyde d’azote est le troisième en importance. Il est 300 fois plus puissant que le CO2 et perdure 120 ans dans l’atmosphère.