Les décisions du Conseil fédéral permettent d’uniformiser la situation et s’appuient sur des connaissances scientifiques plus fines qu’au printemps dernier. Mais pour Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, certains faits épidémiologiques sont laissés de côté et la stratégie de test doit être reconsidérée.

Le Temps: Le Conseil fédéral souhaite éviter un nouveau confinement, mais étant donné le nombre actuel de cas, les mesures annoncées sont-elles suffisantes?

Antoine Flahault: Il faut dédramatiser le terme de confinement. Il n’y a pas que le package inventé par les Chinois en janvier et qui s’est imposé peu ou prou dans le reste du monde. Parmi les mesures prises par le Conseil fédéral, certaines sont des mesures de confinement. La fermeture des discothèques, l’interdiction de cours dans les établissements supérieurs… sont des formes de confinement.

Est-ce qu’elles seront suffisantes pour enrayer le phénomène épidémique? C’est très difficile à dire mais elles me semblent insuffisantes. Ce sont des décisions qui visent aussi à être soutenables sur le plan économique si jamais la pandémie venait à à se prolonger durant l’hiver. Il s’agit d’une approche qui vise à éviter un confinement aveugle que l’on a bien été obligé d’instaurer dans l’urgence au printemps dernier, fondée sur des argumentaires épidémiologiques. Nous savons que les bars, les restaurants, les discothèques sont des lieux de cluster identifiés contrairement à d’autres commerces non essentiels qui ne sont pas fermés.

Le taux de reproduction aujourd’hui n’est pas celui du mois de mars. Nous sommes à moins de 1,5 quand nous étions à plus de 3 au printemps. Ces mesures devraient être de nature à ralentir la progression de la maladie, mais nous saurons si elles auront été suffisantes dans quinze jours.

D’autres pays européens dans une situation semblable à celle de la Suisse prennent des mesures plus strictes. Les autorités ne sont-elles pas trop attentistes?

Les autorités suisses prennent un risque en ce moment, en optant pour des mesures qui pourraient ne pas être assez fortes pour enrayer une progression de l’épidémie particulièrement intense sur notre territoire. Le télétravail n’est pas suffisamment promu. Les bars et les restaurants sont des hauts lieux de propagation, mais ne les fermer qu’après 23 heures est notoirement insuffisant.

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Les établissements d’enseignement secondaire font partie des lieux de propagation potentiels reconnus dans toute l’Europe, mais ils sont laissés en dehors de ces mesures. Une suspension provisoire des cours présentiels dans l'enseignement secondaire et supérieur aurait pu contribuer à freiner les clusters chez les jeunes. Les autorités suisses ne font pas mention de la voie du coronavirus par aérosols, qui conditionne la façon de mieux lutter contre: la ventilation des lieux clos, comme les écoles et les entreprises, le port du masque quelle que soit la distance physique.

Dans beaucoup de cantons le traçage des cas est devenu difficile ou impossible, l’introduction des tests rapides permettra-t-elle de reprendre le contrôle de la situation?

Les tests rapides sont un très bon outil pour effectuer du traçage rétrospectif, c’est-à-dire identifier précocement les clusters, puis isoler les porteurs de virus pour éviter la propagation dans la communauté. Pour cela, il faut une stratégie de testing très claire. Mais comme cette stratégie n’est pas énoncée, cela veut dire que les cantons vont continuer à faire du tracing prospectif, où l’on recherche les contacts jusqu’à 48h avant les symptômes du cas considéré. Cette méthode ne permet pas le plus souvent de remonter à la source de la contamination, puisque l’incubation peut durer jusqu’à douze ou quatorze jours. La stratégie rétrospective n’est pas plus couteuse, ne demande pas plus d'efforts. Elle se base sur l'exemple japonais qui affiche une performance meilleure que tous les pays européens, et où l'on teste d’ailleurs moins qu'en Occident. 


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