La psilocybine, principe actif des «champignons magiques», est connue pour ses effets psychédéliques. Mais elle pourrait aussi servir de médicament contre la dépression. C’est ce que souhaite vérifier le chercheur zurichois Franz Xaver Vollenweider, codirecteur du Centre pour la recherche psychiatrique de l’Université de Zurich.

Son équipe lancera aujourd’hui 12 octobre une campagne de financement participatif lors du Crowdfunding Science Festival, organisé à Zurich pour la première fois par Science Booster, une section de la plateforme de levée de fonds Wemakeit dédiée à la science. Depuis sa création il y a deux ans, Science Booster a levé plus d’un demi-million de francs pour divers projets de recherche, avec la participation de quelque 3000 donateurs. «Après de nombreuses campagnes numériques, nous avions envie de mettre en lien les chercheurs et le grand public dans un lieu physique», explique l’un des organisateurs du festival, Mirko Bischofberger.

Observer de plus près les effets de la substance

La plateforme Science Booster vise à soutenir des jeunes projets qui manquent de ressources, ou à alimenter des recherches déjà lancées. Celle de Franz Xaver Vollenweider appartient à la seconde catégorie: une grande partie du financement est assuré. Mais les coûts se révèlent plus élevés que prévus, d’où l’appel au financement participatif.

Franz Xaver Vollenweider a précisé au Tages-Anzeiger avoir déjà testé la drogue hallucinogène auprès d’un millier de volontaires souffrant de troubles de l’anxiété ou d’états dépressifs moyens. Ces patients, qui se voient administrer de la psilocybine à petite dose, disent s’être sentis plus «connectés avec leur environnement», ou encore avoir changé de perspective sur leur vie. Le chercheur zurichois souhaite désormais observer de plus près le mécanisme d’action de la substance sur le cerveau et mener la première étude sur son effet dans le traitement de la dépression, en comparaison avec un placebo.

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Autorisations spéciales

«En Suisse, environ 30% de la population est touchée par la dépression une fois dans sa vie. Mais les antidépresseurs fonctionnent pour seulement 45 à 50% des patients. L’industrie pharmaceutique n’a pas réalisé de découvertes majeures dans ce domaine au cours des dernières années», explique l’équipe de l’Université de Zurich.

La loi sur les stupéfiants (LStup) interdit le commerce, la production et la consommation de psilocybine. Mais il est possible d’obtenir des autorisations spéciales auprès des autorités dans le cadre d’études scientifiques. «Des premières études pilotes ont montré que la psilocybine réduit les symptômes de dépression et conduit à une amélioration à long terme», ajoutent les chercheurs.