Téléphones portables 

«Les appels constituent 80% des radiations reçues et affectent la mémoire des jeunes»

Une étude publiée aujourd’hui par l’Institut tropical et de santé publique suisse met en évidence un lien entre l’utilisation des téléphones mobiles et la dégradation de la mémoire chez les adolescents. Entretien avec le professeur Martin Röösli, son coordinateur

Quels sont les effets des champs électromagnétiques à hautes fréquences sur notre santé, et plus particulièrement ceux des téléphones mobiles, dont c’est la source la plus importante? Telle est la question que se pose, depuis plusieurs années, l’unité «expositions environnementales et santé» à l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH), rattaché à l’Université de Bâle.

L’étude publiée ce jeudi 19 juillet dans la revue Environmental Health Perspectives rapporte les informations obtenues concernant le suivi des performances intellectuelles de près de 900 adolescents suisses en fonction de leurs comportements avec leur téléphone mobile. Martin Röösli, le professeur responsable de la recherche, explique les principaux résultats, avant de conclure sur les gestes à adopter pour nous protéger.

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Le Temps: La principale source d’exposition à des champs électromagnétiques à hautes fréquences est le téléphone portable. Quels sont les effets que vous avez pu mesurer sur l’activité de notre cerveau?

Martin Röösli: Nous avons testé différents aspects des performances de la mémoire chez les adolescents en fonction des usages qu’ils faisaient de leur téléphone mobile. Le résultat statistique le plus net est que la «mémoire figurale», qui est régie par une aire cérébrale située à droite de la tête, serait affectée par les radiations émises par les téléphones mobiles, en particulier lors des appels. Le résultat est le plus marqué chez les personnes qui tiennent leur téléphone contre l’oreille droite.

En quoi consiste exactement la mémoire figurale?

Pour l’expliquer de manière simple, il s’agit de la mémoire des formes. Les tests que nous avons fait passer aux jeunes portaient soit sur des groupes de mots, soit sur des formes abstraites à mémoriser. Ce sont les résultats relatifs aux formes qui sont les plus détériorés chez les adolescents étant les plus exposés aux ondes électromagnétiques.

D’autres études ont été réalisées sur la question, qu’est-ce que votre recherche apporte de nouveau?

Observer les effets sur la mémoire nous a semblé être la meilleure approche pour étudier les effets des téléphones portables sur notre cerveau à moyen et long terme. C’est à cette échelle qu’on peut observer l’effet du cumul de l’exposition aux ondes, alors que la plupart des études expérimentales sont réalisées sur des laps de temps très courts.

Par ailleurs, l’originalité de notre travail tient à trois aspects. Nous avons suivi les groupes d’adolescents sur plusieurs années, en leur faisant passer des tests à plusieurs mois d’intervalle. Nous avons ensuite mis au point un modèle pour calculer l’exposition du cerveau et la dose cumulée en fonction de différents usages (appel, envoi de message texte, navigation sur internet, jeu…). On a ainsi pu mesurer que ce sont les appels, en tenant le téléphone à l’oreille, qui constituent 80% des radiations reçues. Enfin, pour une partie de notre échantillon, nous avons été autorisés à accéder aux données enregistrées par les opérateurs de téléphonie, ce qui a été un vrai plus, car les estimations des adolescents ont tendance à être surestimées. Ces données ont donc fortement contribué à la robustesse de nos résultats.

L’utilisation du haut-parleur, d’écouteurs ou d’un kit mains libres réduit l’exposition d’un facteur 10.

Pourquoi avoir choisi un échantillon constitué d’adolescents?

Les adolescents étudiés, âgés de 12 à 17 ans, présentent un double intérêt: leur mémoire est encore en formation et ils utilisent davantage leur téléphone que des enfants plus jeunes. Et même s’ils privilégient les messages texte (35 messages par jour en moyenne sur l’échantillon) et passent donc peu d’appels, les résultats de l’étude sont significatifs.

Votre étude met en évidence un lien statistique, mais aucune relation de cause à effet n’a été démontrée par votre travail. Comment pourrait-on étayer davantage ces résultats?

Pour prouver un lien de causalité, il faudrait que des neurobiologistes se penchent sur ce problème, afin d’étudier les mécanismes à l’œuvre sous l’effet des ondes à l’échelle des cellules de notre cerveau. Des phénomènes de surchauffe ou encore de stress oxydatif ont déjà été observés, mais jamais sur l’être humain, ni en lien direct avec des activités précises telles que l’utilisation du téléphone mobile.

Quelles bonnes pratiques peuvent être conseillées à la population? Dépendent-elles de l’âge des personnes, ou bien sont-elles les mêmes pour tout le monde?

Tout le monde peut adopter des gestes simples pour limiter l’exposition de son cerveau aux radiations des téléphones mobiles. On estime par exemple que l’utilisation du haut-parleur, d’écouteurs ou d’un kit mains libres réduit l’exposition d’un facteur 10. Il faut également éviter à tout prix de passer des appels lorsque la connexion est mauvaise, car une minute équivaut alors à plusieurs heures passées le téléphone à l’oreille dans des conditions normales.

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