Giancarlo Palmisani, 33 ans, est le coresponsable de l'Internet Expo de Zurich (IEX). Il prendra la direction de l'édition 2002. Celui pour qui «il est important de régler les questions de sécurité pour que le grand public adopte massivement le commerce électronique», avoue lui-même acheter ses disques et ses livres en ligne. «Mais pour les fleurs, je préfère sentir leurs parfums moi-même avent de les acheter», précise-t-il en riant.

Le Temps: IEX dispose aujourd'hui de toute la surface que peut offrir la Messe de Zurich. Elle est l'événement le plus important de Suisse. Que peut-on attendre, en tant que visiteur, d'une telle exposition?

– Giancarlo Palmisani: Tous les grands acteurs du marché sont présents chez nous. Dans tous les secteurs: du software avec Microsoft, au hardware avec Compaq en passant par les «carriers», les «Internet Service Providers». Les plates-formes financières sont également venues: le Credit Suisse, UBS. Mieux: les sociétés viennent accompagnées de leurs partenaires qui peuvent aller jusqu'à une trentaine. Venir à l'IEX, c'est donc la garantie de pouvoir entrer en contact avec Internet en entier, de A à Z.

– Votre foire est concentrée sur l'économie. Mais Internet ne se résume pas au commerce électronique. Il a apporté des bouleversements dans la vie quotidienne et les relations humaines. Cet aspect est totalement absent d'IEX. Pourquoi?

– Nous nous positionnons comme un événement centré sur le business et nous voulons rester aussi concrets que possible sans nous perdre dans des réflexions philosophiques. Nous nous efforçons d'apporter des réponses simples aux questions que les utilisateurs se posent. Les vraies révolutions, celles qui ont marqué le siècle, sont celles qui ont répondu aux besoins des consommateurs. Il y a cinq ans encore, le Net était considéré comme un gadget, quelque chose de superflu. Aujourd'hui, après le temps des promesses non tenues, se posent des problèmes très pratiques. Nous voulons donc garder les pieds sur terre pour y répondre. Il ne faut pas non plus oublier que nous sommes une foire professionnelle. Nos visiteurs sont confrontés tous les jours au Net, ils le connaissent bien en général pour le pratiquer.

– Justement, l'IEX a deux faces. Les conférences payantes et l'exposition au public. Sont-elles fréquentées par deux publics différents?

– Non, on ne peut pas dire cela. Dans les séminaires, encore une fois, sont exposées des solutions pratiques et simples. Leur rôle est de former en partie ceux qui viennent y assister. Pour expliquer notre spécificité, je fais souvent cette comparaison médicale: nous nous efforçons d'expliquer non pas comment se pratique une transplantation de cœur mais des opérations beaucoup plus communes. Nous avons identifié notre public cible en trois tranches. Tout d'abord les personnes qui occupent des postes de management et qui se doivent de connaître le Net et ses outils. Les spécialistes des technologies de l'information, qui sont employés comme tels dans les entreprises, et enfin le grand public, les utilisateurs quotidien de cette technologie. Vous et moi. Et ces derniers, a-t-on remarqué lors de l'édition précédente, posent des questions relatives à leur usage professionnel et non privé.

– Combien de visiteurs attendez-vous?

– L'année dernière, nous avons eu 36 000 visiteurs. Nous en espérons plus de 45 000 cette année. En ce qui concerne les conférences, 4000 personnes ont suivi 12 000 sessions en 2000, soit trois présentations par personne. Nous tablons sur 4500 visiteurs pour 14 000 exposés aujourd'hui.

– Comment sélectionnez-vous vos orateurs?

– Une option sur notre «homepage» permet de soumettre sa candidature comme orateur. Nous avons reçu 400 propositions pour l'édition de cette année. C'est à partir de cette matière que nous avons établi notre programme. Pour rester proches de l'évolution du marché, nous rencontrons également nos exposants une à deux fois dans l'année afin de comprendre quels sont leurs besoins.

– Quelles sont les conférences les plus demandées?

– En premier lieu tout ce qui concerne la gestion du contenu des sites. Les professionnels ont compris qu'il est bien d'être présent sur le Net et d'y avoir une page mais qu'il faut l'alimenter en contenu. En deuxième position vient l'exposé centré sur le marché suisse du commerce en ligne. Puis la session intitulée «Costumer Relationship Management». Puis celle consacrée aux systèmes de paiement marque, selon moi, qu'une amélioration est nécessaire dans ce domaine pour que la confiance des consommateurs s'établisse.

– L'industrie du Net, c'est devenu un cliché, est en crise. L'IEX le ressent-elle?

– Non. Nous sommes au contraire en pleine croissance. Nous occupons 17 000 m2, soit une augmentation de 80% par rapport à 2000. Nous recevons 560 exposants, 42% de plus qu'en 2000. On n'entend parler que des entreprises qui vont mal, mais il y en a également beaucoup qui vont bien et qui sont venus à la foire. La grande majorité des entreprises qui ont chuté avec la crise travaillaient dans le B-to-C (services au grand public, ndlr). Or nos exposants sont dirigés majoritairement dans le B-to-B (commerce entre entreprises, ndlr). Et enfin le public a d'autant plus besoin d'information lorsque les marchés se portent mal.

– Les technologies de l'information forment un marché qui évolue très rapidement. Pensez-vous qu'une foire annuelle soit adaptée à ce rythme très rapide?

– Nous pensons qu'une exposition comme la nôtre, qui englobe un nombre d'exposés et d'activités aussi important, est nécessaire en Suisse. Il est vrai que le rythme annuel n'est pas idéal si l'on veut suivre le marché pas à pas. Mais nous ne sommes pas les seuls. Il existe une multitude d'autres événements. Et cette constellation crée tout au long de l'année un rythme intéressant. Nous ouvrons l'année avec les nouveautés, Orbit vient en septembre, pour la rentrée d'été. Mais le reste de l'année est constellé de toute une série d'événements plus précis comme le Content Summit, par exemple. Des événements ciblés qui

amènent une réflexion intéressante. Nous sommes d'avis que cette combinaison est la bonne. Nos clients, de toute manière, ne tiennent pas à passer leur temps dans les foires. Montrer leurs produits est certes important, mais ils ont besoin de temps pour les concevoir aussi.

– Avez-vous pensé organiser d'autres événements?

– Nous y réfléchissons, en effet. Mais ce ne sont là que des projets, des discussions avec des clients.