Pollution

Après Zara et Mango, Esprit s’engage pour une mode «zéro toxique»

La marque a annoncé ce vendredi avoir rejoint la campagne «Detox» de Greenpeace. En huit jours, c’est la quatrième entreprise textile à renforcer ses engagements pour l’environnement. Nos questions à Mirjam Kopp, chargée de la campagne «Detox» pour Greenpeace Suisse

Esprit a annoncé ce matin avoir rejoint la campagne «Detox» de Greenpeace. L’entreprise du textile s’engage à «Zéro rejet de produits chimiques dangereux»: éliminer toute trace de rejet décelable, dans toute la chaîne de production, d’ici 2020. Esprit promet également d’éliminer rapidement les deux groupes de substances chimiques les plus dangereux: alkylphénols et perfluocarbures (PFC) doivent respectivement disparaître d’ici juin 2013 et décembre 2014.

De grands noms du textile (Li Ning, Puma, Nike) s’étaient engagés à réduire leurs rejets chimiques dès le lancement de «Detox» en juillet 2011. Mais le 20 novembre dernier, Greenpeace publie un rapport selon lesquels les produits chimiques utilisés par l’industrie textile participeraient à la pollution des eaux. Le même jour, l’ONG appelle Zara, puis dès mercredi Levi’s, à une mode «sans toxiques» par une campagne en ligne et des actions de sensibilisation.

En réponse à Greenpeace, Levi’s a publié jeudi un plan d’action pour honorer ses engagements en matière de substances chimiques tandis qu’Inditex, le numéro un du textile propriétaire de Zara, s’est engagé le 29 novembre à «Zéro rejet de produits chimiques dangereux» d’ici 2020 et à éliminer alkylphénols et perfluorocarbures d’ici la fin de 2013. Sans avoir été directement pris à partie par Greenpeace, Mango s’est également engagé à «Zéro rejet» mardi. Entretien avec Mirjam Kopp, chargée de la campagne «Detox» pour Greenpeace Suisse.

Le Temps: Cette vague de succès, est-ce une surprise? Mirjam Kopp: On est très contents, mais pas vraiment surpris. Beaucoup de gens nous ont soutenus dans le monde entier. On voit que les vêtements représentent quelque chose de très important: on les porte sur nous, on ne veut pas qu’ils contiennent des produits toxiques. – Ces succès sont-ils une étape importante? – C’est une étape très importante. Inditex s’est engagé à rendre public les produits chimiques utilisés par 100 de leurs fournisseurs, Esprit les produits employés par 30 de ses fournisseurs, Mango par 20 de ses fournisseurs. Cette transparence est très importante: c’est le premier pas vers un changement. – Peut-on se réjouir du plan d’action publié en ligne par Levi’s jeudi? – Ce n’est pas assez. Levi’s prévoit de contrôler les produits chimiques mais pas de les éliminer. Les autres compagnies se sont engagées à les éliminer et à publier des informations détaillées sur l’utilisation et les rejets de produits chimiques de leurs fournisseurs. Pour nous, c’est important que Levi’s le fasse aussi. – Selon Levi’s, leurs vêtements sont «sains pour les consommateurs»… – On ne peut pas dire qu’il est dangereux pour la santé de porter des vêtements Levi’s. Le problème, c’est la dispersion des substances chimiques qu’ils contiennent et leur persistance dans l’environnement. Lorsqu’on lave les vêtements, ces substances se déversent dans les eaux et se dégradent en produits toxiques. Ils se propagent alors dans la chaîne alimentaire: de l’eau, ils passent aux poissons, etc. On trouve déjà, par exemple, des perfluocarbures dans les corps des gens et dans l’air. De plus, les rejets des usines textiles ont un grave impact pour les ouvriers et la population locale. – Esprit s’est engagé à son tour ce vendredi. Greenpeace s’y attendait? – Ce n’est pas vraiment une surprise: les actions et la présence dans les médias de Greenpeace ces dernières semaines ont aussi fait pression sur les compagnies qui n’étaient pas ciblées. – En quarante ans d’histoire de Greenpeace, les multinationales prennent-elles davantage en considération vos études? – Il n’y a pas vraiment de changement. En général, la publication d’une étude déclenche peu de réactions de leur part. Il faut beaucoup plus: rendre le thème important et sensibiliser les consommateurs. Quand ceux-ci veulent un changement, alors les compagnies le comprennent. On a réussi à lancer des changements ces dernières semaines, mais il reste beaucoup de travail. Il faut transformer toute l’industrie textile.

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