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Ariane 6, ici en vue d’artiste, sera vraisemblablement en concurrence avec les lanceurs de l’Américain SpaceX.

Espace

Ariane 6 face au secteur privé

Les dirigeants du projet Ariane étaient hier aux Mureaux où sera assemblée la future fusée européenne. Le programme de conception prévoit de nombreuses économies, dans un secteur où arrive la concurrence du privé

«Ne vous fiez pas aux apparences, affirme Alain Charmeau. Nous serons prêts.» Le patron d’Airbus Safran Launchers (ASL) était hier avec tous les dirigeants du projet Ariane 6 aux Mureaux, près de Paris, la ville où sera assemblée la future fusée européenne.

Tous affichaient leur confiance: la première Ariane 6 décollera mi-2020 de Kourou, en Guyane Française. Pourtant, le site qui accueillera l’unité d’assemblage du lanceur au Mureaux n’est encore qu’un terrain vague bordé de barbelés, en bord de Seine, à quelques pas du bâtiment-cathédrale où Ariane 5 est assemblée. A Kourou, le pas de tir qui accueillera la fusée et son bâtiment haut de cent mètres ne sont pas plus sortis de terre. Mais la confiance règne.

Mystère sur le coût

A l’heure où le secteur privé, SpaceX en tête, investit dans le lancement de satellites, la question du coût d’Ariane 6 mérite d’être posée. Alain Charmeau répugne toutefois à parler d’argent. «Je peux simplement vous dire que nous voulons atteindre un coût 40% à 50% moins élevé qu’Ariane 5, et que nous y parviendrons».

Tout comme Patrick Bonguet, le directeur du programme Ariane 6 chez ASL, qui se borne à expliquer qu’«Ariane 6 emportera une charge utile double de celle de la fusée Falcon 9 de Space X et ce pour un prix inférieur au double», avant d’évacuer toute question sur le sujet.

En 2014, Jean-Yves Le Gall, l’ancien patron d’Arianespace devenu depuis patron du CNES, l’agence spatiale française, avait expliqué que l’envoi d’un satellite par Ariane 5 coûte en moyenne 100 millions de dollars, contre 60 à 70 millions pour le Falcon 9.

Lire aussi: SpaceX bouscule l’industrie aérospatiale

La confiance affichée par tous ces dirigeants repose sur les choix radicaux de l’Agence spatiale européenne (ESA), qui pilote le programme, et les industriels. Une révolution de gouvernance d’abord puisque «nous sortons de l’ère de la sous-traitance pour entrer dans celle du partenariat», avance Patrick Bonguet: aux Mureaux, un bâtiment accueille ainsi des équipes détachées par les différents partenaires pour faciliter les échanges et les décisions.

Développée couchée

Ensuite, contrairement à Ariane 5, le futur lanceur sera assemblé à l’horizontale. «Cela simplifie beaucoup de choses, justifie Patrick Bonguet. D’une part le bâtiment d’assemblage sera plus facile à construire et à faire fonctionner. De plus, on évitera des manipulations risquées pour les personnels.» Assemblée verticalement aux Mureaux, Ariane 5 doit être ensuite couchée avant son transport par péniche, puis par bateau, jusqu’à Kourou.

Autre changement radical, l’installation des propulseurs du 1er étage et de la coiffe d’Ariane 6 — le compartiment supérieur qui emporte la charge utile, qui sera fabriqué en Suisse par Ruag — seront faits directement sur le pas de tir, deux jours avant le lancement. Avec des procédures revues en profondeur: «on pourra intervenir beaucoup plus facilement en cas de problème technique sur le lanceur, sans devoir retirer du pas de tir. Une réparation qui prend 2-3 jours aujourd’hui ne prendra plus que quelques heures avec Ariane 6.»

Economies d’échelle

Espérant des économies d’échelle, les Européens ont choisi d’utiliser un même propulseur P120C pour Vega C, une évolution du lanceur européen léger Vega, et pour le premier étage d’Ariane 6. «Nous nous appuyons sur des technologies déjà éprouvées», précise Alain Charmeau. Le P120C est une évolution, plus puissante, du P80 de Vega.

Autre économie, le second étage d’Ariane recevra une version simplifiée du moteur principal Vulcain 2 d’Ariane 5, et le 3e sera propulsé par un moteur Vinci, conçu pour une évolution d’Ariane 5 baptisée ME, un projet abandonné pour faire la place à Ariane 6. Au total, cette dernière représente un investissement d’environ 3 milliards d’euros, dont 12% seront payés par les industriels, et 88% par l’ESA.

Cette première mouture d’Ariane 6 sera déclinée en deux versions: l’A62 embarquera deux propulseurs P120C pour placer jusqu’à 5 tonnes en orbite géostationnaire, vers 36 000 km d’altitude, ou des satellites en orbite basse ou moyenne. La version A64 emportera quatre propulseurs P120C pour placer un ou deux satellites en orbite géostationnaire, pour une charge utile de 10,5 tonnes. Elle s’attaquera notamment au très juteux mais très concurrentiel marché des satellites de télécommunications.

L’Europe, poids lourd de l’espace

Reste à savoir si les efforts consentis pour Ariane 6 seront suffisants pour que l’Europe conserve son leadership — avec plus de 50% du marché mondial —, forte de ses lanceurs Ariane, Vega et Soyouz (en partenariat avec la Russie). Outre la concurrence des pays émergents, notamment la Chine, les experts scrutent les progrès de l’Américain Space X qui travaille sur une fusée Falcon 9 en partie réutilisable, en dépit de plusieurs échecs lors de son atterrissage. «C’est une belle idée, commente, agacé, Jan Wörner, le directeur général de l’ESA. Mais nous suivons la meilleure voie possible pour le moment. Si la réutilisation devait compétitive, nous mettrions alors en place une solution européenne. Mais méfions-nous des effets d’annonce. La navette spatiale était réutilisable, à condition de dépenser 500 millions de dollars après chaque vol.»

Alain Charmeaux défend aussi la stratégie européenne: «Hormis le Falcon 9, il n’y a pas d’autre projet de lanceur réutilisable, même aux Etats-Unis. En attendant, nous préparons déjà l’avenir en étudiant un moteur qui remplacera le Vulcain, pour un coût dix fois plus faible.» Un contrat a été passé en ce sens avec le CNES qui travaille depuis plusieurs années sur ce concept baptisé Prométhée.

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