Au bord du lac de Neuchâtel, Arnaud Maeder est captivé par les multiples taches colorées présentes sur l’écorce d’un arbre aux abords du chemin. «Regardez ce tronc couvert de lichens, indique-t-il en pointant une grande tache orange tapissant le bois. A en juger par les couleurs, je dirais qu’il y en a au moins quatre espèces différentes.»

Cette fascination pour la vie sous toutes ses formes, c’est ce qui le caractérise. Le monde sauvage le fait vibrer. «En traversant une ville, je regarde et j’écoute les oiseaux. En forêt je cherche les fourmilières, parfois même sans m’en rendre compte. Quand j’observe des chamois en randonnée, j’entre dans un état quasi méditatif.»

Un mentor, un ami

Cette curiosité permanente a guidé la vie professionnelle du naturaliste. Le premier mai 2021, il prendra les rênes du Muséum d’histoire naturelle de Genève. Aboutissement évident d’une carrière qui a été tracée dès son plus jeune âge. Sa mère, directrice adjointe d’une fédération de protection de la nature, ainsi que plusieurs années aux éclaireurs font naître en lui une forte sensibilité à l’environnement. Ses études s’orientent donc tout de suite vers la biologie.

En 1993, il effectue son premier stage au Musée cantonal de zoologie à Lausanne, en compagnie de Daniel Cherix, conservateur du musée et professeur à l’Université de Lausanne (Unil), qui devient son mentor et son ami. Quelques années plus tard, il prend Arnaud Maeder sous son aile et lui propose un doctorat sur les fourmis des bois. «C’est très enrichissant de travailler avec lui, se souvient Daniel Cherix. Entre les discussions sérieuses et son humour pince-sans-rire, on passe toujours du bon temps ensemble.»

C’est d’ailleurs durant cette période qu’Arnaud Maeder rencontre son idole, Sir David Attenborough, vulgarisateur et réalisateur de documentaires scientifiques. «J’ai passé mon enfance à l’écouter dans ses documentaires animaliers, déclare-t-il. Dans mes plus grands rêves d’étudiant en biologie, je n’aurais jamais osé imaginer que je puisse un jour lui parler et encore moins le conseiller scientifiquement dans le domaine des fourmis pour un de ses films.» Une admiration qui inspirera son intérêt pour la vulgarisation.

A la suite de ses études, Arnaud Maeder est chargé de cours à l’Unil et de recherche au Musée de zoologie. Il se qualifie lui-même de pluridisciplinaire et jongle entre recherche, terrain, conservation et animation. Il se rappelle encore, en 2007, le moment où il est tombé sur l’annonce pour le poste de direction des institutions zoologiques de La Chaux-de-Fonds. «J’ai vu le mot directeur, je me suis dit que ce n’était pas tout de suite pour moi.»

C’est Daniel Cherix qui va le pousser à postuler. «J’ai fini par tout donner, et le rêve s’est réalisé», lance Arnaud Maeder avec un sourire. Ces dix années à La Chaux-de-Fonds lui offrent alors une nouvelle casquette: celle du management. Le scientifique aime travailler en équipe et se «nourrir du savoir des autres».

Aujourd’hui, c’est avec confiance qu’il reprend la direction du Muséum genevois. Impatient de commencer, il a déjà des objectifs bien précis en tête, ancrés dans les problématiques actuelles du monde de la recherche.

Au nom du savoir

Parmi les enjeux, le plus important sera la lutte pour la connaissance scientifique. «On voit avec la pandémie qu’il y a une sorte de défiance envers la science qui a fait son chemin dans le débat public, reconnaît-il. Pour moi, c’est catastrophique.» Face à la désinformation présente sur les réseaux sociaux notamment, Arnaud Maeder voit le Muséum comme une barrière contre l’ignorance, en particulier pour la sensibilisation aux problèmes climatiques. «Je veux redonner confiance au fait scientifique.»

Il refuse toutefois d’adopter une démarche moralisatrice. «On ne peut pas s’adresser au grand public comme à des enfants. Je souhaite offrir les connaissances de base, qui permettent à qui le souhaite de faire ses propres recherches.» Avec 300 000 visiteurs par an et une collection de 15 millions de spécimens, le Muséum d’histoire naturelle de Genève est un des plus populaires du pays, une institution clé pour la recherche et la vulgarisation.

Arnaud Maeder aimerait d’ailleurs lui offrir une notoriété internationale. «Je rêve qu’il devienne un passage obligé pour les visiteurs de la ville.» Mais comment le différencier d’autres, comme ceux de Paris ou de Londres? C’est là le défi que le naturaliste va affronter avec sa future équipe. Pour le moment, il ne peut pas encore dévoiler d’idées de projets, mais il souhaite que le Muséum soit une expérience. «Pour moi, une visite est réussie lorsqu’un visiteur sort en se disant non seulement qu’il a appris quelque chose, mais qu’il a envie de revenir pour le partager avec sa famille ou ses amis.»


Profil

1974 Naissance à Grenoble.

1993 Premier stage au Musée cantonal de zoologie à Lausanne avec Daniel Cherix.

1999 Assistant doctorant à l’Unil pour une thèse sur l’écologie des fourmis des bois.

2005 Assistant scientifique pour un documentaire de la BBC avec David Attenborough.

2007 Directeur du Musée d’histoire naturelle et du zoo de la ville de La Chaux-de-Fonds.


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