La prestigieuse revue Nature Geoscience n’avait encore jamais connu ça depuis sa création en 2007. Trois éminents climatologues, Mark Siddall (de l’Université de Bristol), Thomas Stocker (Université de Berne) et Peter Clark (Université d’Etat de l’Oregon), lui ont demandé à la mi-février de retirer un article paru sous leurs signatures en juillet 2009. Raison invoquée: ils n’ont plus confiance dans leurs résultats.

L’article incriminé tentait de prédire l’impact du changement climatique sur l’élévation du niveau des mers d’ici à la fin du siècle. Basé sur l’évolution de ce rapport au cours des 22 000 dernières années, il concluait que, pour une élévation de la température comprise entre 1,1 et 6,4°C, la hausse des océans oscillerait entre 7 et 82 centimètres. Or, deux de leurs collègues, Stefan Rahmstorf (Potsdam) et Martin Vermeer (Helsinki), leur ont signalé des erreurs de méthode: un certain nombre d’incertitudes ont été insuffisamment prises en compte pour reconstruire les températures de ces deux derniers millénaires; et la période de temps utilisée pour décrire le phénomène, si elle paraît adéquate dans le passé, s’avère trop grossière pour décrire le présent et l’avenir proche.

Rien de changé sur le fond

L’incident ne change pas grand-chose sur le fond. L’article avait été présenté l’an dernier comme une confirmation du 4e rapport du GIEC, qui, paru deux ans auparavant, prévoyait une hausse des océans de 18 à 59 centimètres. Et il a été cela: une confirmation, ni plus ni moins. Son retrait ne signifie d’aucune façon que les climatologues doutent davantage aujour­d’hui qu’hier de l’élévation du niveau des mers sous l’effet du réchauffement. Les deux critiques qui l’ont provoqué annoncent d’ailleurs dans leurs publications respectives des hausses sensiblement plus fortes.