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Claude Nicollier a participé à quatre vols spatiaux entre 1992 et 1999, d’une durée de 8 à 15 jours. Il a été le premier Suisse dans l’espace.
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Espace

Astronautes, qui êtes-vous?

Une trentaine d’astronautes européens se sont réunis à Genève cette fin de semaine. L’occasion de faire mieux connaissance avec certains de ces voyageurs de l’espace

On les voit souvent dans leurs combinaisons futuristes, immortalisés à l’instant même où ils montent dans leur vaisseau spatial. Mais connaît-on vraiment le travail de ces voyageurs de l’espace? Que trafiquent-ils au-dessus de nos têtes?

Parmi les trente astronautes européens réunis en cette fin de semaine à Genève, le Suisse Claude Nicollier et l’Italienne Samantha Cristoforetti ont permis au Temps d’en savoir un peu plus sur leur métier et leurs rêves. Le premier a participé à quatre vols spatiaux entre 1992 et 1999, d’une durée de 8 à 15 jours. Il a été le premier Suisse dans l’espace. La deuxième a expérimenté un séjour unique de six mois à bord de la Station spatiale internationale en 2014-2015. Elle est la première femme astronaute italienne et la seule femme encore en activité à l’Agence spatiale européenne.

Le Temps: Vous avez passé beaucoup de temps dans l’espace. Quel a été votre rôle durant vos missions?

Claude Nicollier (C.N.): Lors de ma première et de ma troisième mission, je devais tester la possibilité de créer de l’énergie électrique dans l’espace, sans utiliser de panneau solaire, par le biais d’un satellite attaché à un câble conducteur d’électricité. Mes deuxième et quatrième missions consistaient en des travaux de réparation sur le télescope Hubble en orbite autour de la Terre.

Samantha Cristoforetti (S.C.): Pendant mes six mois dans l’espace à bord de la station spatiale, j’ai participé à une cinquantaine d’expériences, dont certaines sur la physiologie humaine, où j’ai été à la fois l’opératrice et le sujet. Je devais par exemple constater quels étaient les effets de l’absence de gravité sur le système immunitaire, la circulation du sang, le sommeil, les cellules et les tissus osseux. En physique, j’ai participé à diverses expériences sur la science des matériaux, la combustion et les fluides notamment.

LT: Quel est votre meilleur souvenir spatial?

C.N.: Mes missions sur le télescope Hubble. Pour un astrophysicien, c’était une expérience de rêve que d’aller réparer un instrument scientifique aussi extraordinaire. Pendant les trois premières années de son exploitation, il a souffert d’un sérieux problème d’optique. Après notre intervention, il est redevenu parfaitement opérationnel, c’était très gratifiant. Cet appareil ultra-performant permet d’observer des galaxies situées à des milliards d’années-lumière ainsi que des régions d’étoiles en formation dans notre propre galaxie. Par rapport aux télescopes terrestres, il a une meilleure résolution et permet d’examiner plus de détails. Il fonctionne encore aujourd’hui.

S.C.: Je n’aime pas tellement faire de classement de mes expériences. Je préfère embrasser l’ensemble, avec les choses belles, moins belles, excitantes ou routinières.

LT: Comment se sent-on dans l’espace?

C.N.: On a un sentiment de totale liberté où toutes les directions deviennent équivalentes. Quand on pose les pieds au plafond, on a l’impression qu’il devient plancher. D’autre part, comme nous faisions le tour de la Terre en une heure et demie, nous avons vécu plusieurs couchers et levers de Soleil à la suite avec des vues extraordinaires sur la planète bleue.

S.C.: C’est plutôt dur au début parce qu’il faut s’habituer au fait que tout flotte. Il faut apprendre à faire des gestes efficaces pour ne pas laisser les objets nous échapper. Pour ma part, je me suis bien adaptée, je n’ai pas été malade et je me suis sentie très bien pendant les six mois.

LT: Qu’est-ce qui vous fait rêver dans les projets spatiaux actuels?

C.N.: Avant tout, cette grande probabilité que d’autres formes de vie existent dans l’Univers, très certainement sur les exoplanètes que nous sommes en train d’observer. Le successeur de Hubble, qui est beaucoup plus grand, nous permettra d’en découvrir de nouvelles. Si nous renonçons à l’exploitation et à l’exploration de l’espace, nous réduisons nos chances de survie dans le futur car il s’agit bien là d’une étape incontournable de l’évolution de l’humanité.

S.C.: Je suis enthousiaste à l’idée que l’on commence concrètement à repenser à des missions allant au-delà de l’orbite terrestre, vers l’espace cislunaire, et plus tard vers la surface lunaire.

LT: Claude Nicollier, vous êtes un routinier des missions spatiales. Selon vous, comment a évolué le métier?

C.N.: A l’époque, on effectuait notre travail dans l’ombre et dans le silence, car on communiquait uniquement avec Houston. Après 10 ou 15 jours de travail, on rentrait exténués et on faisait développer nos photos argentiques. Maintenant, les astronautes ont Internet, Facebook, Tweeter. Ils sont très présents sur les réseaux sociaux et peuvent envoyer des photos de la Terre chaque jour, depuis là-haut. Le travail est resté essentiellement le même, il est toujours exécuté avec passion et enthousiasme. Mais le niveau de visibilité durant la mission a bien changé!


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