Ce ne sera rien de moins que le plus grand télescope de tous les temps. Le SKA (Square Kilometre Array), comme son nom l'indique, dirigera vers le ciel une superficie totale de un kilomètre carré destinée à recueillir les signaux cosmiques, plus particulièrement les ondes radio. Le lancement de ce projet monumental vient de recevoir une impulsion décisive la semaine dernière lors du grand raout triennal des astronomes, l'assemblée générale de l'Union astronomique internationale, qui se déroule à Manchester jusqu'au 16 août. Tous les partenaires, c'est-à-dire 24 instituts australiens, canadiens, chinois, européens, indiens et américains, ont en effet signé un accord marquant le début du développement technologique du futur instrument.

La fonction du SKA sera de scruter l'Univers dans une gamme de rayonnements appelés radio. Ce sont des ondes plus «froides» que la lumière visible, utilisées notamment pour les télécommunications (radio, télévision, radar, etc.). L'avantage décisif des ondes radio est de ne pas être arrêtées dans leur course à travers l'espace par les gigantesques nuages de poussière interstellaires. Ces derniers cachent souvent des régions intéressantes, comme les pépinières d'étoiles ou les centres de galaxies, les rendant ainsi invisibles pour les instruments optiques.

Avec sa «surface collectrice» de un kilomètre carré, le SKA devrait être capable de voir loin, très loin dans l'espace. Des astres comme ils étaient il y a très longtemps. En fait, le SKA est dimensionné pour observer les premières structures à grande échelle qui se sont formées après le big bang. Il devrait pouvoir étudier la formation des premières galaxies, nous donner une image de l'Univers lorsqu'il était encore jeune, il y a plus de dix ou quinze milliards d'années. Les astronomes espèrent ainsi trouver des liens entre les fluctuations du rayonnement fossile – qui représentent l'image la plus ancienne que nous pourrons jamais obtenir de l'Univers – et l'allure de l'Univers comme il se présente aujourd'hui.

Les capacités du SKA seront aussi mises à contribution dans la recherche de la masse cachée de l'Univers. Le télescope devrait être capable de mesurer de très faibles effets de «lentille gravitationnelle», dus à la présence d'énormes masses invisibles qui incurvent la trajectoire des rayons lumineux. Les promoteurs du projet affirment que leur appareil pourra aussi se révéler intéressant dans beaucoup d'autres domaines tels que celui des sursauts gamma, des ondes gravitationnelles, des planètes extrasolaires et même de la recherche d'une intelligence extraterrestre.

Les experts n'ont pas encore arrêté la forme finale que prendra le SKA. Il pourrait s'agir d'un réseau d'énormes réflecteurs paraboliques de quelques centaines de mètres de diamètre chacun, lovés au fond de vallées; ou alors un seul miroir, très plat, mais dont la distance focale serait telle qu'il faudrait utiliser un aérostat pour y placer le récepteur; ou encore des réseaux de plusieurs centaines d'antennes paraboliques, planes ou sphériques, de taille plus modeste mais dont la superficie cumulée couvrirait toujours un kilomètre carré. Le choix du site sera arrêté en 2005 et les travaux devraient commencer en 2010 et finir cinq ans plus tard.

A. Vs