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Torrent Gornera à Zermatt avant et pendant une purge. (Hydro Exploitation SA)

Hydraulique

Attention aux purges des rivières

Des panneaux installés en pleine nature indiquent qu’il est dangereux de stationner dans le lit des cours d’eau. La faute aux lâchers d’eau pratiqués surtout durant l’été

Prudence! Des panneaux et des campagnes de sensibilisation appellent les promeneurs et les pêcheurs à ne pas s’installer à proximité des lits de rivières. Ces avertissements sont liés aux purges et lâchers d’eau qui sont régulièrement effectués, plus particulièrement en été, sur les cours d’eau reliés aux barrages. Les crues qui en résultent en aval peuvent se révéler fatales pour les imprudents.

Sur le site de l’Association Valaisanne des Producteurs d’Energie Electrique, des vidéos illustrent bien l’ampleur du danger:

La Suisse ne compte pas moins de 412 barrages situés majoritairement dans les Alpes. Ils retiennent et accumulent les eaux des glaciers ou de la fonte des neiges, des quantités d’eau qui peuvent être astronomiques. La Grande Dixence en Valais par exemple retient plus de 400 millions de mètres cubes d’eau. Cette construction détient d’ailleurs le record du monde pour la hauteur d’un barrage-poids, avec ses 285 mètres de béton coulés au fond du Val des Dix.

L’eau est généralement dirigée vers une centrale hydroélectrique. Selon l’Office fédéral de l’énergie, près de 90% des ouvrages de retenue d’eau produisent de l’électricité. Ils sont une source majeure d’énergie électrique en Suisse, où 56% de la production d’électricité est d’origine hydraulique. L’eau accumulée sert également à l’alimentation en eau potable, l’irrigation, la constitution d’une réserve incendie ainsi que la régulation des lacs.

Entretien régulier

Pour entretenir les installations, des purges sont nécessaires. «Les eaux captées dans les Alpes sont chargées de sédiments, issus de l’érosion naturelle et de l’abrasion des glaciers. Ils sont transportés par l’eau des rivières vers les prises d’eau», indique Christian Constantin d’Hydro Exploitation SA, une entreprise valaisanne qui exploite différents sites de production d’énergie hydraulique. Si ces sédiments arrivaient jusqu’aux installations de pompage et de turbinage des centrales électriques, ils causeraient des dégâts.

«Pour parer à ces incidents, les captages d’eau sont équipés de dégraveurs et de dessableurs qui filtrent l’eau», explique-t-il. A cela s’ajoutent les bassins de décantation dans lesquels la vitesse de l’eau est diminuée. Les sédiments coulent et s’accumulent au fond du bassin. Pour les évacuer, un écoulement d’eau est nécessaire. C’est ce qu’on appelle une purge.

Les purges se font généralement en été, quand la sédimentation atteint son maximum en raison de la fonte des glaciers et des orages fréquents. Elles peuvent être automatiques ou programmées. D’après Bruno Boulicaut, chef d’exploitation pour Electricité Emosson: «Certaines prises d’eau de montagne peu accessibles avec peu de volume d’eau sont équipées de capteurs, qui détectent le niveau de sédimentation. Les lâchers d’eau sont alors automatiques.» Ils durent une quinzaine de minutes et apparaissent sans signe précurseur, à toute heure du jour ou de la nuit.

Mais pour les volumes d’eau plus importants, les purges sont programmées. Une autorisation cantonale doit être délivrée quant à la date choisie. L’hydro-électricien raconte: «Il faut trouver un compromis pour éviter les périodes de forte affluence touristique et les périodes de reproduction de la faune piscicole [qui s’étale entre novembre et juillet selon les espèces, NDLR].»

Savant dosage

Il ne suffit pas d’ouvrir et de fermer les robinets. Pour qu’une purge soit efficace, tout est question de dosage. «En premier lieu, les vannes ne sont ouvertes que faiblement pour générer un débit d’alerte, prévient Bruno Boulicaut. C’est une mesure de prévention qui permet d’avertir les éventuelles personnes qui se trouveraient dans la rivière que quelque chose est en train de se passer.» Vient ensuite le débit support, qui est suffisamment fort pour pouvoir transporter les matériaux, le but étant de restituer les sédiments à la rivière, et enfin le débit de rinçage. Mais si le volume d’eau relâché est trop grand, il y a toutefois un risque d’endommager les rives.

Pour préserver la faune de la rivière, des échantillons d’eau sont régulièrement prélevés le long du cours d’eau pendant une purge. «Les particules en suspension ne doivent pas dépasser un seuil limite, car la faune piscicole y est sensible», explique Christian Constantin. Pour avoir un effet de dilution, un volume d’eau provenant d’un autre ouvrage (sans sédiments) doit également être amené dans le cours d’eau. La concentration de particules dans l’eau peut ainsi être modifiée à volonté. En moyenne, une purge programmée dure deux journées entières.

Mieux vaut prévenir que guérir

Entre 2000 et 2010, la Suisse a connu 212 cas de morts par noyade dans les cours d’eau (sans qu’on connaisse la proportion liée aux purges). L’eau pouvant monter brusquement, il est dangereux de stationner dans le lit des cours d’eau. Conscients de leurs responsabilités, les exploitants des installations hydrauliques ont instauré des mesures de prévention pour le rappeler. Avant et pendant une purge, des employés sillonnent le cours d’eau et des annonces dans les médias locaux sont diffusées.

Des hydro-guides sont même spécialement engagés dans la période estivale. Ils n’ont pas le pouvoir d’exiger quoi que ce soit, ils font uniquement de la prévention au hasard des rencontres. Ancien hydro-guide, Thomas Bonvin se souvient d’une situation particulièrement cocasse: «Une famille avait étendu des linges sur les panneaux d’avertissement de danger, et se baignait tranquillement dans un bassin.» Les acteurs locaux comme les campings, société de pêche ou canyoning sont également informés.

«Le site d’Emosson n’a jamais connu d’accidents, annonce Bruno Boulicaut. Mais les incidents et dysfonctionnements peuvent toujours arriver.» La sécurité est une préoccupation permanente. Les essais de fonctionnement d’une galerie de sécurisation de déversement construite l’an dernier viennent d’ailleurs d’être effectués.


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