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Lors de la canicule de 2013 à Paris.
© Manuel Cohen

climat

Attention, villes en surchauffe

Les villes doivent s'adapter au réchauffement climatique. Des experts ont présenté leurs solutions lors d'un séminaire international à Berne 

Comment rafraîchir nos villes? Avec les changements climatiques, la question devient brûlante, y compris en Suisse. Car les étés sont de plus en plus chauds et secs. Et les vagues de chaleur, particulièrement difficiles à supporter en milieu urbain. C’est pourquoi plusieurs villes européennes tentent d’élaborer des solutions contre la surchauffe. Elles ont fait part de leurs expériences à l’occasion d’un séminaire sur l’adaptation au changement climatique, qui a réuni 200 représentants de Suisse et des pays voisins les 7 et 8 juin derniers à Berne.

En Suisse, les températures ont déjà augmenté d’environ 1,7 °C en moyenne au cours des 150 dernières années. Elles devraient encore progresser de 3 à 4 °C d’ici la fin du siècle, d’après le rapport de référence CH2011 sur les changements climatiques. Les périodes de nuits tropicales, au cours desquelles la température ne descend pas au-dessous de 20 °C, pourraient se prolonger jusqu’à deux mois en été au bord du lac Léman et au Tessin. Quant aux précipitations, elles seront plus rares en été et plus abondantes en hiver. On s’attend aussi à une augmentation des épisodes de précipitations intenses.

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«S’adapter à ces nouvelles conditions apparaît donc indispensable, même si cela doit être indissociable d’une réduction de nos émissions de gaz à effet de serre», estime Andrea Prutsch, de l’Office fédéral autrichien de l’environnement. Vingt-deux États de l’Union Européenne ont déjà élaboré une stratégie d’adaptation aux changements climatiques. La Suisse n’est pas en reste, puisqu’elle dispose d’un plan d’action pour la période allant de 2014 à 2019, comprenant une soixantaine de mesures.

Îlots de chaleur

L’accentuation des canicules dans les villes constitue un des principaux enjeux de ce plan. Les zones urbaines sont déjà globalement plus chaudes que les zones environnantes. Des «îlots de chaleur» y apparaissent en raison de la présence d’activités qui émettent de la chaleur (véhicules, industrie, etc.) et de bâtiments et surfaces asphaltées qui la retiennent.

À Zurich par exemple, des écarts de température de 4 à 5 °C la nuit ont été mesurés entre la ville et la campagne avoisinante! Ces températures élevées, qui seront encore renforcées par le réchauffement, menacent la santé des personnes âgées et fragiles. La canicule survenue à l’été 2003 a ainsi occasionné la mort de près de 1000 personnes en Suisse. Le bilan de la vague de la chaleur de l’été 2015 n’est quant à lui pas encore établi.

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«La plupart des mesures permettant d’atténuer les vagues de chaleur dans les villes passent par leur verdissement», explique Rainer Knapp, de la ville allemande de Stuttgart. Cette dernière s’est dotée d’un concept d’adaptation aux changements climatiques dès 2004, en réaction à la canicule de l’année précédente.

Couloirs verts

«Nous travaillons à la création ou au maintien de parcs un peu partout en ville. Même de petites tailles, ils permettent de produire de l’air frais. Notre objectif est aussi de constituer des «couloirs verts» amenant au coeur de la ville l’air frais en provenance des forêts et des vignes qui l’entourent», relate l’urbaniste.

Le type de matériaux employés joue aussi un rôle dans le climat urbain. En fonction de leur couleur et de leurs propriétés, tous n’absorbent pas la chaleur de la même manière. «C’est l’asphalte qui emmagasine le plus de calories, tandis que les surfaces végétales ont plutôt un effet rafraîchissant, tout comme l’eau en mouvement», relève Maya Kohte, de la ville allemande de Sarrebruck.

«Un toit foncé peut atteindre 80 °C par une journée ensoleillée, quand un toit végétal se maintient à 30 °C. D’où l’intérêt des toitures, mais aussi des façades végétalisées» abonde Lionel Tudisco, du service d’urbanisme de la ville de Sion.

La capitale valaisanne a été choisie par la Confédération pour mener à bien un projet pilote sur le climat appelé «Acclimatasion». Différentes transformations ont déjà été opérées, comme le réaménagement du Cour Roger Bonvin. Situé au-dessus de la tranchée couverte de l’autoroute A9, cet espace aéré comprend des arbres et des fossés humides qui réduisent les fluctuations de température et augmentent l’humidité de l’air.

Gestion des eaux pluviales

La lutte contre l’imperméabilisation des sols est un autre objectif commun aux urbanistes rassemblés à Berne. Car non seulement les sols imperméables chauffent plus que les autres, mais en plus ils ne retiennent pas la pluie. La Métropole de Lyon développe d’ailleurs d’astucieux projets de valorisation des eaux pluviales. Le nouvel aménagement de la rue Garibaldi comporte ainsi des espaces verts qui sont arrosés grâce à l’eau de pluie stockée dans un bassin souterrain.

Tous ces exemples montrent que des solutions existent bien pour limiter la surchauffe des villes. Cependant, elles peuvent entrer en conflit avec d’autres priorités urbanistiques, comme la densification. «Il faudrait éviter de construire dans les couloirs d’aération qui permettent de rafraîchir les villes. Mais cela est difficile à imposer car les terrains en question sont parfois situés dans des zones très attractives», note Dominik Piringer, de la Ville autrichienne de Graz. La ville du futur, dense et verte, reste à inventer.

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