Cette année, ce fut le 2 août. Le jour où l’humanité a consommé toutes les ressources que produit la terre pour une année. Un jour de moins que l’année passée. De fait, ce «jour du dépassement», calculé par des ONG écologistes, ne cesse de reculer. Audrey Pulvar a récemment pris la direction de la Fondation pour la nature et pour l’homme, que pilotait jusqu’ici Nicolas Hulot. Elle analyse l’évolution de ce seuil.

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Le Temps: Que représente le jour du dépassement?

Audrey Pulvar: C’est le jour où symboliquement, l’humanité a consommé davantage que ce que la planète est capable de produire en un an. Mais pour moi, c’est surtout tous les jours. Tous les jours, nous consommons plus que ce que nous devrions. C’est une question que l’on devrait se poser quotidiennement, et non pas une fois dans l’année. Le plus important est que la question de la gestion des ressources porte en elle toutes les inégalités de notre monde. Encore une fois, ce sont les plus pauvres qui subissent la pollution en priorité. Dans les pays pauvres, mais aussi ici, dans les pays dits développés, ce sont les moins bien lotis qui sont en première ligne.

Que peut-on faire pour inverser cette tendance?

Avant de vouloir l’inverser, il faudrait déjà la freiner. Et ce n’est pas simple, car il faudrait tout faire en même temps. Evidemment, nous devons sortir des énergies fossiles, ainsi que du nucléaire, pour aller vers les énergies renouvelables. Mais nous devons également revoir la gestion de l’alimentation et des déchets, éviter le gaspillage, mieux isoler les bâtiments… Toutes ces résolutions sont importantes, et aussi, insuffisantes. Il faut aussi revoir notre mode de vie, surtout chez les foyers les plus aisés, encore une fois. Il faut revoir notre relation au vivant. Songez à la récente alerte concernant la disparition de la biodiversité. La gestion des ressources est devenue une question de santé publique. Consommer différemment, des produits non transformés par exemple, permet d’être en meilleure santé.

Quand atteindra-t-on le point de non-retour?

Nous sommes déjà au point de non-retour. Les accords de Paris sont une décision formidable, mais on sait déjà que, compte tenu de la situation et de la consommation actuelle, limiter la hausse de la température à deux degrés est quasiment inatteignable, et ce, même si tous les pays signataires respectaient leurs engagements. Une petite prise de conscience des pays riches a eu lieu: lors de la conférence de Copenhague en 2009, la gestion des ressources concernait surtout les pays pauvres, auxquels les pays riches sommaient de prendre des mesures. Aujourd’hui, nous subissons aussi le réchauffement climatique, ce qui a permis cette prise de conscience, mais ce qui montre aussi la proximité de ce point de non-retour.


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