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«Du point de vue actuel, il n’est pas dit qu’il y aura une vaccination de rappel dès l’automne.» Christoph Berger, président de la Commission fédérale pour les vaccinations (CFV), est optimiste. «Pour l’instant, nous ne disposons pas de données sur la fréquence des réinfections sévères chez les personnes vaccinées deux fois avec des vaccins à ARNm, explique-t-il. Ce sont ces données qui détermineront le besoin d’un rappel ou non.»

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C'est pourquoi Berne a tout de même conseillé aux cantons de se préparer à devoir lancer une campagne de rappel du vaccin contre le Covid-19, sans savoir quand elle aura lieu ni quelles seront les personnes ciblées. Au 27 juin, plus de 2 900 000 Suisses avaient reçu deux doses de vaccin contre le coronavirus, selon les données de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), soit 34% de la population totale. Si la priorité reste d’étendre la vaccination aux habitants qui hésitent encore, les autorités doivent cependant anticiper les éventuelles prochaines vagues de contamination, y compris chez les vaccinés.

Piqûre annuelle

Dans un document interne révélé par l’agence de presse Reuters le 24 juin dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) anticipe d’ailleurs aussi des rappels annuels du vaccin pour les patients les plus à risque et les personnes âgées, un modèle déjà connu dans la mesure où le vaccin contre la grippe est injecté chaque année à ceux qui le souhaitent pour être efficace contre les variants du virus. Dans le cas du coronavirus, le rappel pourrait avoir lieu tous les deux ans pour les autres adultes non vulnérables. Mais ces conseils sont à ce stade «indicatifs», précise cependant l’OMS, tant les données sont encore incomplètes.

Sur le sujet, le débat est encore vif. Dès le mois d’avril, le PDG de Pfizer, Albert Bourla, évoquait la nécessité probable de rappels annuels concernant le vaccin de sa firme car, selon lui, le niveau d’immunité diminuerait avec le temps. Mais pour plusieurs infectiologues de renom, dont Tom Frieden, ancien directeur du Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies, «il y a zéro, et je veux vraiment dire zéro, preuve qui suggère que c’est le cas». Pour ces scientifiques, un éventuel rappel ne serait pas la priorité tant il reste de personnes à vacciner dans les pays en développement, qui n’ont pas eu accès ne serait-ce qu’à une première dose. Mettre au point des rappels dans les régions les plus riches accentuerait le fossé avec le continent africain, notamment.

Immunité cellulaire

Des études récentes indiquent que l’immunité induite par les vaccins ARN pourrait durer plus de six mois. Selon une recherche parue le 28 juin dans la revue Nature, les anticorps étaient toujours très hauts chez 14 patients ayant reçu une double dose de vaccin, au moins douze semaines après l’injection. Ce qui fait penser aux scientifiques que les cellules ont une excellente mémoire face au SARS-CoV-2, qui durerait des années entières.

Les autres types de vaccins comme celui d’AstraZeneca, à la technique plus traditionnelle, n’engendreraient peut-être pas la même immunité. Une étude réalisée par l’Université d’Oxford et publiée en preprint (donc pas encore revue par d’autres scientifiques) montre qu’une troisième dose augmenterait significativement le nombre d’anticorps. Une autre, prépubliée dans The Lancet, affirme, elle, qu’injecter un vaccin ARN après une dose d’AstraZeneca renforce l’immunité.

Ma prédiction est que nous aurons besoin d’un rappel

Ali Ellebedy, immunologue à l’Université de Saint-Louis, aux Etats-Unis

Et qu’en est-il des personnes ayant contracté le covid? Elles seraient encore mieux armées contre la réinfection, assure la revue Nature à travers une étude menée par Ali Ellebedy, immunologue à l’Université de Saint-Louis dans le Missouri, aux Etats-Unis, publiée fin mai. Ses travaux montrent que la production des anticorps est forte même des mois après la maladie. Mais face aux variants, ceux-ci pourraient ne pas être efficaces. «Ma prédiction est que nous aurons besoin d’un rappel», lâche la scientifique.

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Tandis que la Suisse se questionne, l’Angleterre a déjà planifié celui-ci. Le National Health Service a émis ses recommandations et prévoit des rappels à partir du mois de septembre, d’abord pour les personnes vulnérables, et par la suite pour tous les adultes de plus de 50 ans, à condition que six mois se soient écoulés depuis leur 2e dose. Les autorités n’ont pas précisé de quel vaccin il s’agirait.