Santé

Autisme: «Caractériser la cause des troubles permet d’adapter les thérapies»

La difficulté des personnes souffrant d’autisme à gérer les interactions sociales serait due à une mauvaise maturation des synapses dans le système de la récompense, selon une étude publiée jeudi

Comprendre les causes des troubles autistiques, qui affectent plus d’un enfant sur 200 aujourd’hui en Suisse, demeure un défi. Les neurobiologistes travaillent à l’échelle cellulaire, afin d’étudier les circuits neuronaux qui pourraient expliquer les difficultés sociales des personnes concernées. Camilla Bellone est professeure assistante au sein d’une équipe de recherche de l’Université de Genève qui a publié jeudi dans la revue Nature Communications, en partenariat avec l’Université de Bâle, une étude sur le rôle du système de la récompense dans les troubles autistiques.

Le Temps: Qu’est-ce que le système de la récompense et en quoi est-il lié aux interactions sociales?

Camilla Bellone: Le système de la récompense est créé par certains neurones de notre cerveau, qui provoquent la sensation de plaisir affectif et de motivation. Il est fondamental pour notre survie, mais aussi lors des périodes d’apprentissage. Nous avons montré que certains neurones du système de la récompense sont activés lors des interactions sociales. L’activité de ces neurones déclenche naturellement une récompense, qui suscite la motivation à interagir avec les autres. A l’inverse, s’ils ne fonctionnent pas ou du moins pas de manière optimale, l’envie d’interagir est diminuée. Ce champ de recherche a progressé depuis cinq ou six ans et permet désormais d’identifier les circuits neuronaux impliqués.

Quels sont les gènes nécessaires au bon fonctionnement de ces neurones?

Plusieurs gènes, dont la mutation est fréquente en cas d’autisme, peuvent entraîner des dysfonctionnements du développement des circuits neuronaux. Nous nous sommes focalisés sur l’un d’eux, le gène Neuroligin 3. Lorsqu’il ne s’exprime pas ou lorsqu’on diminue son activité au sein des neurones du système de la récompense, nous avons observé des comportements tels que le déficit d’intérêt pour la nouveauté ou le manque de motivation pour l’interaction, qui sont des traits comportementaux courants chez les personnes autistes. A l’échelle cellulaire, la maturation des synapses, qui sont les points de communication entre neurones, n’a pas lieu si le gène ne s’exprime pas normalement. Ce déficit perdure et induit les troubles sociaux.

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Quelles nouvelles perspectives offre votre étude en termes de prise en charge médicale des troubles autistiques?

L’autisme comprend un spectre très large de patients, présentant des troubles hétérogènes. Notre étude est importante pour caractériser plus précisément la cause des troubles de certains patients. Par exemple, pour ceux qui sont affectés par un dysfonctionnement des neurones du système de la récompense, des thérapies comportementales ciblées peuvent être proposées très tôt pour aider à renforcer ce système.

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