«Alors que l'assemblage de la Station spatiale internationale (ISS) est près de s'achever [...], la poursuite de son exploitation au-delà de l'échéance actuellement prévue à 2015 ne pose plus de difficultés techniques majeures. Les chefs des agences spatiales impliquées (américaine, russe, européenne, canadienne et japonaise) se sont engagés à examiner avec leur gouvernement dans quelle mesure cet objectif pourrait rallier leur soutien.» Le communiqué diffusé hier par l'Agence spatiale européenne (ESA), donnant suite à une réunion à Paris, est assez vague. Pourtant, selon les observateurs de la politique spatiale, cette prise de position commune confirme un changement de point de vue.

Souvent décriée ces dernières années comme étant une construction plus ou moins inutile à 100 milliards de dollars, l'ISS voit son blason redoré. L'ensemble s'est récemment enrichi de deux nouveaux laboratoires (l'européen Columbus et le japonais Kibo) ainsi que du robot canadien de manipulation Dextre. De plus, l'ESA a réussi avec succès, en avril, le premier vol de son cargo automatique ATV. Les chefs d'agence se sont donc «félicités des capacités nettement accrues qu'offre désormais l'ISS pour conduire des activités de recherche en orbite pour tester des systèmes de procédures de vol présentant un caractère critique pour les futures initiatives d'exploration». L'équipage de l'ISS devrait ainsi passer de trois à six membres dès 2009.

Selon Roger-Maurice Bonnet, président du Comité mondial pour la recherche spatiale (Cospar), «il est de bon ton, dans le camp européen, d'être optimiste à quatre mois de la réunion des ministres de l'espace.» Prévu à La Haye en novembre, ce sommet doit définir les priorités spatiales européennes.

Le spécialiste voit toutefois deux écueils principaux à la concrétisation des idéaux lancés hier. «D'abord, pouvoir garantir un accès à l'ISS.» L'agence américaine a en effet annoncé que le dernier vol navette aurait lieu le 31 mai 2010. Au-delà, et d'ici à l'arrivée en 2015 du nouveau vaisseau Orion, toutefois destiné en priorité à l'exploration spatiale, la NASA sera dépendante des vaisseaux russes Soyouz, ce qui ne l'enchante guère. Ou peut-être d'un engin européen: mi-mai à Berlin, la firme Astrium a en effet présenté une transformation du cargo de fret qu'est l'ATV en un véhicule apte à acheminer et à ramener un équipage vers l'ISS. Une première démonstration en vol pourrait survenir en 2014 déjà, selon plusieurs sources.

«Le corollaire de cette première contrainte est l'argent, poursuit Roger-Maurice Bonnet. Du côté européen, développer un tel vaisseau impliquerait soit d'amputer les projets scientifiques existants, soit de trouver des budgets supplémentaires. Pas facile.» Et, à la NASA, on ne cache pas que les efforts futurs, technologiques et donc financiers, seront mis sur la reconquête de la Lune, puis celle de Mars. Les Russes, eux, soutiennent un prolongement de l'ISS jusqu'en 2020, pour compléter et rentabiliser leurs équipements scientifiques. «Tout dépendra de la vision du nouveau président, dès 2009», dit le président du Cospar. Et de souligner néanmoins l'«infléchissement américain. C'est positif. Pendant longtemps, les Etats-Unis se sont affichés en leader à sens unique. Désormais, ils tendent à adopter une position plus réaliste en termes de collaboration, élément critique pour le futur de l'exploration.»