La barque tangue légèrement sur les eaux tièdes de la lagune. Le silence est lourd et avive l’impatience de ses occupants, une brassée de touristes affublés de gilets de sauvetage et de cirés jaunes qui scrutent anxieusement l’horizon. Faut-il guetter un jet? Une forme?

En réalité, il ne faut rien guetter du tout. La baleine vient d’elle-même. Et généralement, elles sont deux. Une masse grise, dont on aperçoit d’abord les protubérances dorsales, émerge des flots. A ses côtés, le baleineau imite tous ses mouvements. Les cétacés à la peau marbrée fondent sur la barque et, dans une ondulation aussi pesante que gracieuse, basculent pour offrir leur museau oblong aux mains déjà tendues des touristes. La mère et le petit s’attardent, se prêtant durant de longues minutes aux caresses et aux effusions euphoriques des cirés jaunes. Gagné par leur enthousiasme, le baleineau, jouette, cogne sur la coque et laisse fuser son jet à la figure des touristes. Puis il suit sa mère et les deux grands corps gris tachetés de blanc plongent vers le fond de la lagune, avant de ressurgir, non loin de là, près d’une autre barque chargée de mains frétillantes.