Cétacés

Les baleines privées de sanctuaire

La Commission baleinière internationale, réunie cette semaine en Slovénie, a rejeté la création d'une vaste zone vouée à la protection des cétacés dans l'Atlantique Sud

Jamais deux sans trois. C’est ce que doivent se dire les Etats membres de la Commission baleinière internationale (CBI), qui se tient cette semaine à Portoroz, en Slovénie. Après 2012 et 2014, ceux-ci viennent une nouvelle fois de rejeter la création d’un «sanctuaire» pour baleines dans l’océan Atlantique Sud. La proposition qui émanait de l’Argentine, du Brésil, du Gabon, d’Afrique du Sud et d’Uruguay a obtenu les faveurs de 38 des 64 Etats votants, soit moins que les 75% nécessaires à son adoption.

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Ce sanctuaire d’une superficie de 20 millions de kilomètres carrés devait «promouvoir la biodiversité, la protection et l’utilisation non létale des ressources baleinières dans l’océan Atlantique Sud». Car selon les partisans, environ 71% des trois millions de baleines tuées dans le monde entre 1990 et 1999 ont été capturées dans l’hémisphère Sud.

«Un sanctuaire dans cette région aurait fourni une solide protection à une grande variété d’espèces et de dauphins», a expliqué Matt Collins, du Fonds international pour le bien-être animal (IFAW). «Le plus décevant, c’est que ces efforts soient au bout de compte sapés par des pays membres de la CBI situés à des milliers de kilomètres, même pas dans l’hémisphère Sud et même, pour certains, à l’autre bout du monde», a quant à lui déploré John Frizell, spécialiste des baleines à Greenpeace.

Opposition des chasseurs

Parmi les principaux opposants, trois gros «chasseurs» de baleines: la Norvège, l’Islande et le Japon. Accusé de se livrer tous les ans à la chasse commerciale en prétextant la recherche scientifique, ce dernier a estimé que les stocks de certaines espèces s’étaient suffisamment reconstitués pour que celles-ci soient à nouveau chassées. «L’utilisation durable des ressources maritimes vivantes, dont les baleines, est parfaitement compatible avec la protection de l’environnement, a affirmé le commissaire japonais de la CBI. Cette proposition (ndlr: le sanctuaire) est contraire au principe d’une utilisation soutenable de ces ressources.»

Deux sanctuaires existent à ce jour, l’un dans l’océan Indien, l’autre dans l’océan Austral, là où chasse justement… le Japon. «On capture et tue des baleines (ndlr: dans l’océan Austral). Qui peut nous dire que si la population d’une espèce particulière commence à diminuer, les chasseurs de baleines au nom de la science ne viendront pas dans l’Atlantique Sud?, demande le commissaire brésilien Hermano Ribeiro. Nous voulons éviter cela.»

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