Climat

Les barrages participent aussi à l’effet de serre

Le lac artificiel de Wohlen rejette des quantités de méthane dans l’atmosphère, assure une étude

L’hydroélectricité est très généralement présentée comme une énergie climatiquement neutre, c’est-à-dire non émettrice de gaz à effet de serre, et ce au grand bénéfice de la Suisse qui en est une grande productrice. Or, la question se révèle sensiblement plus complexe, et moins idyllique, qu’il n’y a longtemps paru à en croire une étude de l’Institut de recherche de l’eau du domaine des EPF (Eawag), à Dübendorf. Selon ce document publié lundi, le lac de barrage de Wohlen, sur l’Aar, en aval de la ville de Berne, diffuse en réalité des quantités substantielles de méthane dans l’atmosphère.

Le phénomène n’est pas une complète surprise. Il est avéré que de grosses quantités de matières organiques accumulées dans de l’eau tiède produisent des émissions de méthane. Raison pour laquelle des émissions non négligeables de méthane ont été observées dans les lacs de barrage des régions tropicales. S’il y a malgré tout étonnement, c’est que l’on ne pensait pas découvrir de telles émissions sous un climat tempéré comme celui du Plateau suisse. L’auteur de l’étude, la chimiste de l’environnement Tonya Del Sontro, et son directeur de thèse, le professeur Bernhard Wehrli, avouent ainsi avoir douté au début de leur résultat, avant de se rendre à l’évidence devant l’accumulation de preuves.

Le méthane du lac de Wohlen provient de la matière organique apportée par l’Aar (notamment en provenance du lac de Thoune), bloquée par le barrage puis décomposée au fond du plan d’eau par des bactéries. «En été, l’endroit fait penser à une coupe de champagne, raconte Tonya Del Sontro. Une multitude de bulles de gaz remontent vers la surface.»

La quantité de méthane ainsi dégagée annuellement dans l’atmosphère se monte, selon la chercheuse, à 150 milligrammes par mètre carré, soit à 150 tonnes pour le lac entier. Ce qui correspond, selon les chercheurs de l’Eawag, aux émissions annuelles de 2000 bovins ou au CO2 généré par 25 millions de kilomètres de route en automobile.

Mauvaise nouvelle

L’étude représente une mauvaise nouvelle pour la Suisse, qui se découvre des émissions supplémentaires de gaz à effet de serre au moment où elle est censée réduire ces dernières de 8% d’ici à 2012, selon les termes du Protocole de Kyoto. Mais il n’y a pas de raison de paniquer. Même si le bilan du pays a quelque chance d’être revu à la hausse, rien ne dit qu’il le sera dans de fortes proportions.

Il s’agit d’abord de déterminer si le lac de Wohlen est dans la moyenne des plans d’eau suisses de plaine ou s’il constitue un phénomène exceptionnel, auquel cas il ne changerait pas grand-chose au tableau général. Il faut ensuite se souvenir que les nombreux barrages de montagne du pays ne posent pas ce genre de problèmes étant donné que leur eau beaucoup plus froide ne dissout pas de manière comparable les matières organiques. L’Eawag rappelle enfin que les émissions de l’usine hydroélectrique de l’Aar restent 40 fois moins importantes que celles d’une «centrale thermique au charbon de puissance équivalente». L’énergie hydroélectrique n’est plus ce qu’elle était. Mais elle reste «climatiquement vertueuse» en comparaison avec d’autres.

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